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PREDICATION
Pasteur Caroline Schrumpf Lazarre,
Marthe et Marie: une famille dysfonctionnante ? |
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Ce matin,
avec ce dernier des 7 signes de Jésus dans l'Evangile de Jean,
je voudrais terminer notre parcours à travers les rencontres de
Jésus. Ce matin, une dernière rencontre pour nous, et à nouveau un page très connue, trop connue peut-être. Ce matin je voudrais vous inviter à avoir une œil neuf sur ce récit, à exercer un regard aiguisé. Alors je
vous propose un petit jeu pour commencer. Vous connaissez le jeu des erreurs
? Pour ma part, je voudrais les regrouper pour en retenir trois : 1. D'abord,
l'attitude de Jésus dans ce passage… elle est pour le moins étrange
et surprenante, avec un certain nombre " d'anomalies ". Parfois,
souvent, l'attitude de Dieu dans la Bible nous semble difficile à
comprendre, à cerner. Comme l'attitude de Jésus dans ce
récit, qui est étrange et dérangeante. Jésus
nous ressemble, et pourtant nous ne comprenons pas ce qui le fait agir,
ses critères, ses présupposés de départ, ses
hypothèses d'action. La Parole de Jésus met parfois du temps avant d'arriver jusqu'à nous, elle met du temps pour nous rejoindre, pour nous toucher. Non parce que Jésus est loin, en fait il est présent même auprès de Lazare, et sait ce qui arrive à Béthanie avant d'y arriver, - Jésus est présent mais bien souvent, c'est nous qui sommes loin, loin de nous même, loin du cœur de Dieu. Comme les disciples, nous entendons la parole, mais elle nous semble obscure. Comme Marthe, nous entendons la parole et nous savons des choses sur Dieu, mais nous ne sommes pas encore entrés dans une relation de confiance, dans la démarche du croire. Celui qui sait ne livre qu'une partie de son être, celui qui croit s'abandonne entièrement. Frères et sœurs, la Bonne Nouvelle pour nous ce matin commence ici. Il y a une place dans l'Evangile pour ce cheminement laborieux de la Parole de Jésus et de sa présence pour les disciples, pour Marthe, pour Marie, pour Lazare, cela veut dire qu'il y a aussi une place pour les notres ! Il y a une place pour notre cheminement laborieux. Et la Bonne Nouvelle c'est la présence et la patience de Jésus qui inlassablement explique, sans faire aucun reproche. Je crois que c'est pour cela que Jésus pleure. Il ne pleure pas sur la mort de Lazare, même s'il est touché par la peine de ses amis, mais il pleure sur les difficultés que chacun a pour s'approcher de Lui. La 2e anomalie
de cette histoire, c'est cette famille… modèle : Marthe, Marie
et leur frère Lazare. En fait, c'est une famille anomalie, où
les relations ne sont pas ce qu'elles devraient être. |
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(suite)
PREDICATION
Pasteur Caroline Schrumpf
Dimanche 8 décembre 2002 - 2e Avent Jean 11, 1-45 |
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voir Jésus en catimini, alors que Marie reste dans la maison avec les invités, venus présenter leurs condoléances. Après son entretien avec Jésus, Marthe va appeler Marie, en lui transmettant des paroles que Jésus n'a pas prononcées ! Lazare était
malade, mais toute la famille aussi. Tel parent
qui enferme son enfant dans de telles exigences de réussite et
d'excellence que cela devient un jugement sans appel. Tel conjoint qui enferme son mari ou sa femme dans un tombeau de paroles critiques, méprisantes, dévalorisantes, ou violentes. Tel frère ou sœur qui prend toute la place dans la fratrie, de telle sorte que l'autre ou les autres n'ont plus qu'à s'aplatir, et se nier eux-mêmes ou s'en aller pour trouver l'espace d'exister ailleurs. Nos relations, même les plus intimes, même celles qui devraient porter la marque de l'amour, même ces relations là peuvent être malades, porteuses d'anomalie, mal ajustées. Elles deviennent alors des entraves, des bandelettes enroulées serrées qui nous empêchent de vivre, d'exister, elles peuvent devenir des prisons, des tombeaux. Mais la bonne nouvelle pour nous c'est qu'il nous est dit que Jésus aime cette famille de Lazare, Marthe et Marie. Il ne les rejette pas, il ne les laisse pas tomber, il n'attend pas qu'ils soient une famille parfaite pour les aimer. Cela veut dire que Jésus peut nous aimer aussi dans nos familles mal ajustées, " dysfonctionnantes ", bancales. Il nous aime même si nous vivons dans des tombeaux, même si nous avons du mal à exister ! Regardons
ce que fait Jésus : Sa parole appelle chacun de nous encore ce matin à sortir de nos dysfonctionnements, de nos maladies relationnelles, affectives, sociales, elle nous appelle à croire, et à découvrir une autre manière de vivre, une autre manière d'exister. Marthe : Jésus l'appelle à passer du savoir sur Dieu au croire. Marie : Elle est toute dans son émotion, elle se jette aux pieds de Jésus. Jésus est avec elle dans son émotion, mais il l'invite ensuite à retourner vers les faits, vers le réel : Où l'avez-vous mis ? Lazare : Jésus lui crie Sors ! Reviens vers la vie. Sa parole est un cri, parce que Lazare a besoin d'un choc, peut-être. Puis Jésus demande aux autres qui sont présents de le délier de ses bandelettes, Lazare ne peut s'en sortir tout seul. Enfin, une parole à laquelle nous ne prêtons pas souvent attention : Laissez le partir. Laissez le vivre, prendre de la distance, prendre le large et s'éloigner un peu. C'est la condition pour qu'il trouve assez d'espace pour exister par lui même, sans ses sœurs attachées à lui. LA parole de Jésus est une parole qui s'approche de chacun dans son unicité, dans son histoire propre, et elle invite chacun à ressusciter, à revenir vers la vie, à retrouver le chemin vers lui-même. 3e anomalie
: Mais ici,
la mort redevient la vie.
Ou plutôt
sa voix nous rejoint même au delà. Cela veut dire qu'il n'y
a pas de situation, pas d'acte, pas de personne irrécupérable
pour Dieu. Je repense
aussi à cet homme rencontré lors d'un rassemblement Jeunesse,
un homme violent, délinquant, qui a fait 10 ans de prison. Et que
Dieu a rattrapé lors d'un accident : N'ayant pas payé de
billet de train, voyant les contrôleurs arriver, il a sauté
du train en marche et s'est retrouvé dessous, il a perdu un pied.
Et là sous le train, a donné sa vie à Dieu. La Bonne Nouvelle pour nous, c'est que la parole de Jésus nous rejoint toujours, même à travers les difficultés, elle nous restaure dans nos relations, elle ne désespère de rien ni de personne. Pourquoi
? " L'amour
est patient et bon, il n'est pas envieux, ne se vante pas et n'est pas
prétentieux ; il ne fait rien de honteux, n'est pas égoïste,
ne s'irrite pas et n'éprouve pas de rancune ; l'amour ne se réjouit
pas du mal, il se réjouit de la vérité. L'amour supporte
tout et garde en toute circonstance la foi, l'espérance et la patience.
L'amour est éternel. (…) Ces trois choses demeurent : la foi, l'espérance
et l'amour ; mais la plus grande des trois est l'amour. " Amen. |
| Prédication
- Pasteur Caroline SCHRUMPF
UN JOUR
A CANA DE GALILEE… |
| Frères
et sœurs,
Je voudrais vous raconter une histoire, une histoire qui m'est arrivée il y a longtemps déjà, et pourtant elle est restée gravée dans ma mémoire, comme si tout était arrivé hier. Oh, je ne suis plus toute jeune, et à mon âge on pense souvent aux jours d'autrefois, aux souvenirs. Mon nom, je ne vous le donnerai pas, il n'est pas très important, mais vous connaissez certainement celui de mon fils. Moi, je l'appelais Jeshoua, mais vous vous le connaissez sous le nom de Jésus. Moi je ne suis rien, rien qu'une vielle mère juive, mais lui, mon fils, mon enfant, (si j'ose encore l'appeler ainsi), lui c'est autre chose... C'est vrai plusieurs éléments m'avaient mis la puce à l'oreille avant et au moment de sa naissance, mais j'avais gardé tout cela pour moi, au fond de mon coeur. Ensuite, nous avons vécu la vie de n'importe quelle famille chez nous, à Nazareth de Galilée. Et Jésus, la vie de n'importe quel enfant. Jusqu'au
jour, où Jésus a rencontré Jean, son cousin, le fils
de ma cousine Elizabeth. Celui-là vivait dans le désert,
comme un prophète, un peu illuminé à mon idée,
mais enfin, un bon garçon tout de même... Jean annonçait
partout que le gens devaient se repentir, se convertir, changer de manière
de vivre, pour se préparer à accueillir le Messie, le Sauveur
d'Israël.
Donc ce jour-là,
à Cana, on était déjà arrivé à
la moitié de la fête, quand tout a coup, j'ai entendu un
murmure courir parmi les serviteurs... Il n'y avait plus de vin, disaient-ils.
Vous vous rendez compte... Plus de vin pour une noce ! C'était
une véritable catastrophe. Alors, mon fils a eu cette phrase étrange : "Mon heure n'est pas encore venue". Sur le moment je n'y ai pas prêté attention. C'est plus tard que j'ai compris. Enfin, je me disais que mon fils trouverait peut-être une solution. Je n'ai pas été déçue... Il y avait
là des grands vases de pierre, vous savez, ceux que l'on utilise
pour nos purifications. Mon fils a demandé aux serviteurs de les
remplir d'eau à ras bord, et une fois remplies, d'y puiser et d'en
porter à boire aux invités... Et bien, vous ne le devinerez
jamais, ce qu'ils y ont puisé, c'était... du vin. Si bien qu'au début, j'ai cru que les invités étaient tellement grisés, qu'ils n'étaient même pas capables de faire la différence entre l'eau et le vin. Alors, j'y ai goûté aussi. C'était bien du vin, et quel vin, un vrai délice... Et la fête a pu reprendre et continuer de plus belle. Et ce fut une noce magnifique ! Mais pour moi, ce fut aussi le début de mes questions sur mon fils... Parce que ce jour là à Cana de Galilée, il s'est vraiment passé quelque chose de mystérieux et cette eau est vraiment devenue du vin... Et pour celui que j'appelais mon fils, celui que je croyais mon fils, cela ne fut que le commencement d'une longue série d'actes étonnants : un infirme qu'il fait lever et marcher, une foule qu'il nourrit avec 5 pains et 2 poissons, son ami Lazare qu'il fait lever du tombeau alors qu'il
est déjà mort depuis trois jours, et j'en oublie... J'ai compris que celui que j'avais porté, nourri, élevé, il m'avait été prêté seulement. Et qu'il était bien plus grand que ce que je croyais, Il était celui qui sauve et guérit, celui qui voit au-delà de notre visage ce que nous avons dans le cœur, celui qui voit nos détresses et peut changer nos tristesses en joie. Alors, j'ai
aussi compris le signe de Cana, le signe de l'eau du désastre changée
en vin de la fête... Ce signe vous dit que vous pouvez lui portez l'eau de votre quotidien, de vos journées, de vos habitudes, et qu'il vous donnera à boire le vin délicieux de la joie. Et lorsque
les choses sembleront tourner à la catastrophe, vous pourrez comme
moi, même si la prière vous parait incongrue ou déplacée,
lui demander son aide... Heureux serez vous, car comme il l'a dit lui-même, heureux qui sans avoir vu, ont cru. Amen. |
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Frères et Sœurs, Il y a quelques temps, j'ai raconté à mes enfants ce conte oriental. Il était
une fois… un pauvre bûcheron qui vivait avec sa famille dans une
pauvre maison d'un pauvre village. Chaque matin, il allait dans la forêt,
abattait un arbre, puis rentrait le soir au village vendre branches et
fagots. Le lendemain,
une vieille mendiante frappa à leur porte et demanda quelque chose
à manger. La femme du bûcheron la fit entrer. Elle va dire
au petit moulin : "Fais ce que font les moulins" et donne la
farine à la vieille femme qui s'en va. Deux jours plus tard, la
mendiante revint chez le bûcheron et se débrouille pour remplacer
le moulin magique par un autre qu'elle tenait caché sous ses vêtements. Comme la
première fois, la voix de l'arbre dit : Si tu me laisses en paix,
je te donnerai ce que tu voudras. Cette fois
encore, le bûcheron crut que le plat ne fonctionnait plus ; il le
cassa et retourna dans la forêt avec sa hache. Que veux-tu encore
? demanda la voix de l'arbre. Le bûcheron
commençait à soupçonner la mendiante d'être
responsable de la disparition du moulin et du plat. C'est pourquoi, quand
la vieille femme frappa de nouveau à sa porte, il lui montra les
bâtons et lui conseilla : Dis-leur : "Faites ce que font les
bâtons" et tu obtiendras tout ce que tu voudras.
Le Dieu de
la Bible n'est pas un arbre magique qui nous donne des bâtons et
qui nous frappe pour nous conduire à nous repentir. La parole que Dieu nous adresse aujourd'hui ? Repentez-vous ! Frères et Sœurs, l'appel à la repentance que Dieu nous adresse est une bonne nouvelle, une joyeuse nouvelle, une nouvelle de fête et de liberté ! Une nouvelle dont nous avons terriblement et profondément besoin. Et je voudrais
regarder avec vous trois questions simples : 1) Le repentir
: Pour mieux
comprendre, je vais vous raconter une petite histoire : Frères et Sœurs, c'est cela se repentir, c'est s'arrêter à temps parce que nous avons entendu la voix de Dieu qui nous aime, et qui veille sur nous avec un cœur débordant de tendresse. Cela n'a
rien à voir avec des bâtons qui nous tapent dessus jusqu'à
ce que nous demandions grâce. 2) Pourquoi et de quoi avons-nous besoin de nous repentir ? * Parce que
notre propre nature, notre mouvement naturel, nous conduit toujours, un
jour ou l'autre, à choisir de marcher vers le précipice,
vers la voie sans issue.
* Nous avons
besoin de nous repentir, même si nous avons le sentiment d'être
du bon côté, ou du côté des bons. Personne n'est
parfait, mais moi je ne suis pas si mal que ça alors pourquoi ?
Je n'ai tué personne, je n'ai volé personne (sauf la SNCF,
la RATP, un peu le fisc peut-être et le porte-monnaie de ma grand
mère…), j'ai été gentil avec tout le monde (sauf
avec le collègue que je ne supporte plus, mes voisins qui m'exaspèrent
en faisant du tamtam jusqu'à 11h du soir, l'automobiliste qui roulait
en respectant les limitations de vitesse devant moi et que j'ai affublé
de tous les noms d'oiseaux, et la caissière du supermarché
qui traîne comme si je n'avais que ça à faire…)
. C'est pour cela que nous avons été créés. Parce que la repentance est un chemin de liberté, qui nous conduit de nos ténèbres vers la lumière. Qui nous dit que nous ne sommes pas sous le coup de la malédiction du péché, de nos fautes, de notre passé, de nos culpabilités, de nos échecs… Qu'il y a une issue possible, un changement possible. Que nous ne sommes pas seuls abandonnés à nos vieux démons, à nos chimères, à ces oiseaux noirs qui tournoient au dessus de nos têtes… * Et même si nous sommes chrétiens, depuis longtemps ou depuis peu, nous sommes toujours en danger de mettre de l'eau dans notre foi, de la délayer, comme on le fait avec le mauvais vin, la piquette mais alors cela n'a plus de goût. Nous nous détournons de Dieu pour trouver ailleurs notre satisfaction, nous retombons dans nos anciens schémas, nous cherchons ailleurs notre bonheur, notre paix, notre joie, notre identité et notre valeur humaine. Alors ce matin, le Seigneur nous dit : Attention, arrête-toi, retourne-toi et reviens vers moi. 3) Cela paraît si simple alors pourquoi est-ce si difficile ? Il y a 3 raisons possibles : * Parce que
nous ne voulons pas changer, nous ne voulons pas abandonner nos petits
vices ou nos grandes tentations, tous ces faux dieux que nous adorons,
parce nous croyons qu'ils nous font du bien. Nous sommes comme un grand
diabétique devant un bol de mousse au chocolat. Nous savons qu'il
ne faut pas, que c'est mauvais pour nous mais…. c'est tellement bon !
Nous ne voulons pas changer de direction. Or la promesse de Dieu, c'est
qu'il peut changer notre cœur et notre volonté. * Nous ne faisons pas vraiment confiance en Dieu - nous n'arrivons pas à croire qu'il ne nous attend pas au coin du bois avec un énorme gourdin, nous avons du mal à croire qu'il court vers nous et nous appelle par amour et non par méchanceté, pour nous rendre libres, nous écarter du danger et nos pour nous punir. Alors la parole nous rappelle : il n'y a plus de condamnation pour ceux qui sont en Jésus Christ. Désormais, rien ne pourra vous séparer de l'amour de Dieu, un amour si profond que nous n'en toucherons jamais les limites.
Amen.
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Prédication
- Pasteur Caroline SCHRUMPF
Dimanche 8 juin 2003 - Pentecôte Baptêmes et confirmations Actes 2, 1-13 - Galates 5, 1 et 13-25 |
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Là
où est l'Esprit de Dieu, là est la liberté. Avec une
corde, on peut s'attacher, se lier, se ficeler. Certains
pensent que choisir de marcher avec Dieu, choisir de vivre dans la présence
de Dieu, comme les catéchumènes vont le témoigner
tout à l'heure, c'est choisir de vivre en étant lié,
ficelé par Dieu. C'est le contraire de la liberté. Mais on peut
faire autre chose avec une corde. Et avec Dieu. Pour cela, je voudrais prendre deux images. 1) Sur un
bateau d'abord, sur un voilier. Qui a déjà fait du voilier
? 2) Deuxième
image : quand on va en montagne, quand on fait une randonnée, une
course en haute montagne, que fait-on d'essentiel ? La liberté en montagne, c'est de s'encorder. Devant, celui qui ouvre la marche, le premier, c'est le guide. C'est lui qui connaît l'itinéraire pour éviter les pièges, les crevasses, les couloirs d'avalanche, les chutes de séracs, les corniches dangereuses… Il connaît la neige, les glaciers, la météo, il sait apprécier la difficulté. Son rôle est de sécuriser toute la cordée. Derrière lui, on peut avancer tranquille, en confiance. Et quand on est encordé, on est sécurisé aussi par les autres. Je me souviens d'une petite course que j'ai faite il y a longtemps sur le glacier Blanc, près de Briançon. Tout à coup, l'ami qui marchait devant moi s'est enfoncé jusqu'aux cuisses dans la neige. Heureusement, comme nous étions encordés, celui qui était devant et moi qui étais derrière, nous l'avons retenu, pour éviter qu'il ne s'enfonce d'avantage, et nous l'avons aidé à sortir de son trou. Alors, vous pensez sans doute, tout ça c'est bien joli, mais quel rapport avec la vie avec Dieu, et pourquoi parler de bateau, de montagne… Nous sommes ici à Poissy, sur le plancher des vaches, et il n'y a pas beaucoup de voiliers, et encore moins de hauts sommets autour de nous. J'ai choisi
ces deux images, parce que vivre, cela ressemble souvent bien plus à
une navigation en haute mer, qu'à une croisière en péniche
sur la Seine. Cela ressemble plus à une course en haute montagne
qu'à une randonnée dans la foret de Saint Germain ! La vie avec
Dieu, c'est une aventure ! Et il vaut mieux s'encorder ! Comme les
disciples rassemblés ce jour-là à Jérusalem.
Ils attendaient sagement selon la parole de Jésus, ils attendaient
quelque chose, sans trop savoir quoi. D'abord, il y a eu ce grand courant d'air qui a traversé la maison, un grand bruit de tornade, de portes qui s'ouvrent avec fracas, et puis ces flammes qui se séparent et se posent sur chacun. Parce que l'Esprit n'est pas une expérience de groupe, mais une manifestation pour chacun, individuelle, parce que chacun est unique pour Dieu. Et puis il y a cette audace qui les remplit, cet élan qui les pousse dehors et ces mots qui jaillissent de leurs bouches, mots inconnus ! Une expérience qui les entraîne dans l'aventure, qui les transforme, de timides et craintifs les voila pleins de louange, de joie. A Jérusalem,
il y a des gens venus de tous les coins de l'empire romain, de l'est à
l'ouest du nord au sud, pour célébrer la fête de Pentecôte,
la fête juive du don de la Loi à Moise.
C'est un
signe qui nous parle de nous. Jésus avait dit à ses disciples
: vous serez mes témoins jusqu'au extrémités de la
terre… jusqu'à Poissy ! Alors, vous les catéchumènes, vous allez vous encorder aujourd'hui avec Dieu et avec nous, vous accrocher à cette ligne de vie, à ce fil de liberté qu'est la présence de Dieu. Aujourd'hui, en ce jour de Pentecôte, vous venez dire devant tous votre désir que cette présence de Dieu dans votre vie ne soit pas seulement quelque chose d'extérieur, Dieu à coté de vous, mais aussi une expérience intérieure, profonde, Dieu en vous. Alors que cette vie de Dieu soit déversée en vous par l'Esprit, et qu'elle jaillisse vers les autres. Aujourd'hui,
il y en a parmi nous qui se sont encordés il y a longtemps déjà.
Il y en a aussi peut être qui se sentent "au bord du chemin",
qui voient passer la cordée devant eux et qui se demandent si le
moment n'est pas venu de tenter l'aventure, de saisir la corde, de se
lier à Dieu. Alors, si ce matin vous pensez être dans cette situation, le Seigneur vous donne le temps, il est patient, il vous laisse le temps de faire le chemin, il ne vous presse pas. Pour nous tous : la présence de Dieu est là, disponible, offerte comme un cadeau, le souffle de Dieu qui fait du neuf dans nos vies, qui nous entraîne dans l'aventure, qui brise nos liens et nous invite à marcher sur un chemin de liberté… Pourquoi ? Pourquoi nous encorder à la présence de Dieu, pourquoi entrer dans cette cordée immense de ceux qui marchent à la suite du Christ ? Pour une seule et unique raison ! Parce que
nous sommes aimés. "Si vous demeurez dans ma parole, vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres…" disait Jésus à ses disciples. (Jean 8, 32) L'amour que
Dieu a manifesté pour nous est scellé pour toujours sur
la croix, offert pour toujours dans le souffle bienfaisant de l'Esprit,
"qui rend témoignage à notre esprit que nous sommes
enfants de Dieu…" comme le dit Paul. Là
où est l'amour, là est la liberté. |
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Prédication
- Pasteur Caroline SCHRUMPF
Dimanche 9 Novembre 2003 Un cœur qui connaît le manque… I Rois 17, 8-16 -Marc 12, 41-44 |
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Frères et sœurs,
La deuxième femme, celle de l'Evangile, on ne sait pratiquement rien d'elle. Si ce n'est qu'elle aussi est veuve et pauvre. Elle ne dit rien, Jésus non plus ne lui parle pas, il la regarde seulement. Il pose son regard sur elle avec douceur et respect. Jésus est là comme un simple témoin et puis il interpelle les disciples. Et derrière eux, il y a peut-être nous, qui essayons de comprendre sa parole aujourd'hui. Ce matin, je voudrais retenir et revisiter avec vous quelques éléments qui m'ont touché, qui ont capté mon attention, des éléments qui sont présents dans les deux récits. Je pense
que ces deux histoires sont connues par plusieurs d'entre vous. * * * Sur ces deux histoires, je voudrais retenir deux choses. La première
chose qui m'a intriguée, c'est que Dieu très clairement
dit au prophète Elie : Et quand Elie arrive, on n'a pas vraiment l'impression que l'ordre a été reçu, n'est-ce pas ? La femme veut bien donner un peu d'eau, mais, pour le reste, elle est plutôt dubitative, et craintive et totalement désespérée. Pourtant,
elle accepte à continuer la suggestion d'Elie, elle accepte d'entrer
dans une démarche de confiance qui paraît tout à fait
étonnante. Elle accepte de donner le peu qui lui reste, sur la
parole d'Elie. Élie, bien sûr, ne parle pas de lui-même,
mais conduit et guidé par Dieu. Dans le cheminement
de cette femme de Sarepta, même si nous n'avons pas le temps de
le lire aujourd'hui, il y aura encore la maladie et la mort de son fils,
puis l'action et la prière de Elie. Et Dieu va ramener l'enfant
à la vie. Avant qu'elle en ait conscience, Dieu agit dans le cœur de cette femme. Avant même qu'elle le sache, Dieu est présent dans sa vie. La pauvre
veuve de l'Evangile vit aussi une sorte de visite en secret de Dieu, de
Jésus dans sa vie, dans son histoire. Là, tout passe par
le seul regard. Jésus la voit, alors même qu'elle ne le voit
pas. Jésus remarque son geste, alors même qu'elle ne se préoccupe
pas de ce qui se passe au tour d'elle. Peut-être vient-elle même
s'approcher très discrètement du tronc des offrandes. Nos vies
aussi, Dieu le visite parfois à notre insu. Mais lorsque
nous l'ouvrons, nous découvrons que Dieu est là depuis longtemps,
et qu'il nous attend. Cela peut sembler contradictoire, mais même
sans que nous le sachions, sans que nous le pressentions, Dieu est à
l'œuvre dans nos vies depuis bien longtemps. Apocalypse 3, 20 : "
Je me tiens à la porte et je frappe. Celui ou celle qui entend
ma voix et m'ouvre la porte, j'entrerai chez lui, et je mangerai avec
lui… " Le deuxième
élément qui a accroché ma curiosité, c'est
le commentaire que Jésus fait sur le don de la veuve. Et d'ailleurs,
le récit parallèle de l'Evangile de Luc le formule exactement
dans les mêmes mots. Et pourtant,
il fait cela sans rien bousculer de notre intimité. Sans indiscrétion,
sans violence. On ne peut le savoir et le comprendre bien souvent qu'après
coup, et dire comme Jacob : " Dieu était là et je ne
le savais pas… " * * * Puis, Jésus
dit cette phrase étrange : " Elle, de son manque, elle a mis
tout ce qu'elle avait, toute sa vie. " Est-ce qu'il désire vraiment les deux pièces jaunes de cette pauvre femme ? Les biens de cette pauvre veuve ? Est-ce que Dieu souhaite épuiser les maigres réserves de la veuve de Sarepta ? Non, ce que Dieu attend des hommes que nous sommes, c'est l'amour, et une relation de personne à personne. " Mon enfant, donne-moi ton cœur " dit le livre des Proverbes. En donnant ses deux piécettes, la femme veuve fait un signe à Dieu, effectivement, elle donne tout, tout ce qu'elle a, pour vivre, toute sa vie. La veuve de Sarepta suivra le même chemin. Dans une situation de détresse extrême, de dénuement, de désespoir, elle tout d'abord à Elie. Je voudrais
vous raconter une histoire. Je ne sais pas si elle est vraie ou si c'est
une parabole imaginée pour essayer de comprendre ce que peut signifier
ce " TOUT ". " Elle,
de son manque, elle a mis tout ce qu'elle avait, toute sa vie. " Dieu n'attend
pas que notre vie soit réparée, que nous soyons réparés,
il accueille nos histoires blessées, nos vies plaintives, craintives.
Et pour nous
ce matin, à travers ces deux histoires de veuves, il y a deux promesses,
deux paroles de vie, pour nous inviter à la Vie. Amen. |
| Prédication
du 4e dimanche de l'Avent 21 décembre 2003 Pasteur Gérard DELTEIL Esaïe 9, 1-6 / I Thessaloniciens 5, 1-5 / Marc 13, 33-37 |
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Dernier
dimanche de l'Avent. Les quatre bougies sont allumées, l'attente
approche de son but. Car ces quatre semaines de l'Avent qui précède
Noël sont là pour reconduire la communauté de Jésus
vers l'attente. Pour réveiller en elle l'impatience, l'aspiration
à ce qui n'est pas encore, pour la tourner vers le futur, comme
une communauté qui guette la venue de ce qu'elle espère.
J'en retiens d'abord ce qu'elle a de plus bouleversant pour moi : parabole du Maître qui s'en va, de la séparation, de l'absence. Les temps sont changés. Le temps n'est plus où il était là, où il prenait tout en charge, où il assurait la vie. Il part. C'est un temps nouveau qui commence. Il part et il les laisse sels livrés à eux même. Avec toutes leurs questions : mais pourquoi nous a-t-il quittés ? Qu'allons nous devenir sans lui ? L'absence du Maître, c'est d'abord pour eux ce vide, cette déchirure, ce manque : il n'est plus là. Il nous fait apprendre à vivre de lui, sans lui. Mais
voila le plus bouleversant : c'est par cette absence qu'ils vont le découvrir
et se découvrir eux mêmes, c'est par cette absence qu'ils
vont mieux le connaître, et mieux se connaître eux mêmes.
C'est par cette absence qu'ils vont devenir adultes, libres et responsables.
Le départ du Maître les éveille à leur pleine
dimension humaine. Le maître s'en va. Et il leur confie tout ce qu'il a. Il leur donne tous ses pouvoirs. Toute leur vie désormais est sous le signe de cette confiance et de ce don. A eux maintenant de se prendre en charge, de prendre en charge la maison commune. C'est
toujours la confiance qui nous appelle à la vie. C'est par la confiance
qui nous est faite que nous pouvons à notre tour prendre confiance
en la vie, en nous-mêmes, en nos possibilités, en notre avenir.
C'est la confiance mise en nous qui nous fait grandir. Evangile bouleversant de Jésus. Le Père s'efface pour que nous puissions grandir. Le Père s'efface pour nous confier toute sa création. Le Père prend du champ, de la distance pour que nous devenions pleinement humains, merveilleusement humains. Evangile du Dieu qui s'en va. * * * Dès
lors, le temps bascule du coté de l'attente. Le temps qu'ils vivant
leur est redonné comme un temps qui espère. Alors, chaque instant prend une saveur nouvelle. Parce qu'à chaque instant il peut surgir, et nous faire signe. Derrière chaque rencontre, dans le sourire d'un bonheur, dans le plaisir d'une fête, ou la blessure d'un échec, le Dieu qui s'en va est aussi le Dieu qui vient, toujours à venir, toujours surprenant. Chaque instant de vie, l'instant même que nous vivons en ce moment, peut devenir celui de cette rencontre. C'est
dire que la vie est toujours ouverte sur l'espérance; c'est le
miracle de Noël : miracle d'une naissance, quelque chose commence,
quelque chose sans précédent, un commencement tout neuf
qui surgit dans le cours des choses. Rien n'est jamais joué, rien
n'est jamais perdu. Aucune situation n'est sans issue, une espérance
nous fait signe. C'est le miracle de Noël. Et c'est le miracle de
Pâques : un chemin est ouvert, une brèche est là,
la vie peut ressurgir, quand bien même elle serait en débris.
Communauté de Jésus non pas rassasiée ou blasée, mais impatiente. Non pas satisfaite, mais en manque, vulnérable, parfois à bout de forces, à bout de courage et de foi, et repartant, s'obstinant à repartir, à espérer dans la nuit. * * * Alors
la maison ici devient une maison qui veille, comme une fenêtre allumée
dans la nuit, une petite lumière, une petite veilleuse, qui signale
une présence. Le
chemin, car tout l'évangile est un chemin, se donne comme un chemin.
Le chemin c'est le mouvement, la mobilité, la découverte.
Suivre Jésus sur son chemin. Mais ici, la maison c'est le lieu d'une veille. Avec insistance, à 3 reprises, le mot revient. Pour dire quoi ? Veiller
c'est résister à la fatigue, au sommeil, garder les yeux
ouverts, rester en alerte, capter ce qui se passe. Peut-être sera-ce avant tout une forme de résistance contre ce qui fait violence à des êtres humains, les discriminations, le racisme, le sexisme, le mépris de l'autre… Peut-être sera-ce une vigilance dans la prière car la prière est une manière de retourner à la source et de garder vive cette source en nous même et avec d'autres. Peut-être sera-ce le désir de communiquer à d'autres autour de nous la parole qui nous fait vivre, d'en témoigner dans l'espace public, à l'écoute de tous les bruits du monde. J'ai
envie de dire simplement pour nous aujourd'hui : Dernière
parabole de Jésus, déjà la fin est l). Il va leur
être arraché, les laisser seuls. Eux vont apprendre l'absence,
la déchirure de l'absence. Mais
l'absence n'est pas le vide. Elle est soutenue par une parole. Elle est
illuminée par une promesse. |
| Prédication
Samedi
24 et Dimanche 25 janvier 2004 Pasteur Caroline Schrumpf Néhémie 8, 1-12 Luc 4, 14-21 |
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Qûmran ou Massada ? Ce matin,
en relisant cet épisode de Jésus qui vient dans la synagogue
de son enfance, je vous invite à un voyage. Qûmran
: Massada
: Bien sûr, il ne s'agit pas ici pour moi de porter un jugement sur le choix des Esséniens ou des Zélotes. Ces choix sont respectables et dignes. Mais il me semble que ces deux lieux "mythiques" peuvent être pour nous comme deux images de deux tentations dans lesquelles nous pouvons facilement tomber en écoutant les paroles de Jésus, et notamment celles qu'il prononce ce jour la dans la synagogue de Nazareth. Ces deux
lieux de Qumran et Massada sont deux chemins possibles qui nous tentent
devant les paroles de Jésus : La Bonne Nouvelle que Jésus annonce en reprenant à son compte les paroles du prophète Esaïe, c'est la vue pour les aveugles, la liberté pour les opprimés, la guérison pour les malades. Comment pouvons nous comprendre ces paroles de Jésus ? Elles se heurtent dans notre esprit à la réalité du monde qui est autour de nous, et qui ne semble pas avoir beaucoup changé ! Autour de nous il y a encore des aveugles, des opprimés, des malades. Est-ce que Jésus s'est trompé en annonçant cela ? Nous a-t-il trompés ? Comment y voir clair ? Alors nous pouvons choisir le chemin de Qumran : C'est la tentation de spiritualiser à l'extrême. Jésus ne peut pas faire sortir les gens des prisons, ni guérir les malades, et encore moins rendre la vue aux aveugles. Pas vraiment en tout cas. C'est vrai, Jésus l'a peut-être fait autrefois, mais cela n'est plus possible aujourd'hui. C'est une réalité intérieure, symbolique, qui nous est décrite ici par Jésus, et seulement ça. Ou bien nous pouvons choisir le chemin de Massada : oui, c'est vrai que Jésus annonce une bonne nouvelle pour les pauvres, les prisonniers, les aveugles. Donc la priorité c'est de s'engager concrètement dans le monde, politiquement, humanitairement, parce qu'il n'y a que cette voie pour accomplir la parole de Jésus. C'est à nous de le faire. Ici, peu importe finalement de prier ou de chercher le royaume, ce qui compte c'est la responsabilité de chacun. Aujourd'hui,
je vous invite, ni à Qumran, ni à Massada, mais à
Nazareth, dans la synagogue où Jésus prononce le sermon
le plus court de toute l'histoire chrétienne (pas comme le mien
aujourd'hui) ! C'est tout ! Aujourd'hui, pas demain, ni hier. Pour vous, pas pour votre voisin, ou pour d'autres autrefois, non, pour vous ! Pour nous ! Si aujourd'hui
nous nous sentons pauvres à l'intérieur de nous même,
ou si nous manquons du nécessaire pour vivre dignement, Jésus
nous apporte la Bonne Nouvelle. Il est cette Bonne Nouvelle. Comment pourrait-il
mépriser un aspect de notre vie, ou se désintéresser
de nous ? Lui qui a tout donné, tout risqué pour vivre comme
nous. Tout en nous
lui importe, tout l'intéresse. Aujourd'hui,
Qumran et Massada sont des lieux historiques, touristiques et célèbres.
Mais ce sont des lieux morts. Plus personne n'y vit. Ecoutez encore
ce que Jésus demande à son Père pour nous : Aujourd'hui
cette parole est accomplie pour vous qui l'entendez. Amen. |