Liste des prédications consultables sur le site
27/08/2006 Histoire personnelle Josué 24, 1-18
30/07/2006 L'intimité Psaume 25

27/03/2005

Prédication de Pâques Luc 24, 1-12 - I corinthiens 15, 3-10
20/03/2005 Prédication des rameaux Matthieu 21, 1-11 Pasteur -
Philippiens 2, 6-11
06/03/2005 Notre Père que ta volonté soit faite Matthieu 6, 9-15 - Matt 26, 36-46
09/01/2005 Notre Père qui es aux cieux Luc 11, 1-4, Matthieu 6, 5-15, Luc 15
13/10/2004 La seule chose nécessaire Psaume 55; 1-6; 23-24
Luc 10; 38-42
03/10/2004 Qu'est ce que Dieu attend de nous ? Deutéronome 10, 10 à 11, 2
Matthieu 25, 14-30
20/06/2004 Dieu Père et Mère Luc 15, 20 - Genèse 49, 22-26 - Esaïe 66, 12-13
30/05/2004 Avec Dieu, chausse les baskets ! Actes 2, 1-13 - Hébreux 12, 1-3
23/05/2004 La Pentecôte de Moïse! Exode 3, 1-12
16/05/2004 Croire en Dieu ou croire Dieu ? Jean 1, 10-14 ; Marc 9, 22b à 27 ;Jean 6, 16-21
09/05/2004 Aimez !... avec un "z" Jean 13, 31-35
11/04/2004 Jésus ressuscité vous attend en Galilée Marc 16, 1-8,
28/03/2004 Besoin de Dieu pour être pardonné Jean 8, 1-12 - Luc 15, 11-32,
21/03/2004 Besoin de Dieu pour être béni Genèse 32, 22 à 33,
28/02/2004 Besoin de Dieu pour résister au mal Luc 4, 1-11 ,
01/02/2004 N'est-il pas le fils de Joseph ? Luc 4, 14-30
25/01/2004 Qûmran ou Massada ? Néhémie 8, 1-12 Luc 4, 14-21
21/12/2003 Dieu qui s'en va, Dieu qui vient
(Pasteur Gérard DELTEIL)
Marc 13, 33-37
09/11/2003 Un cœur qui connaît le manque… I Rois 17, 8-16 -Marc 12, 41-44
08/06/2003 L'Esprit, la corde et la liberté Actes 2, 1-13 - Galates 5, 1 et 13-25
  Un jour à Cana de Galilée… Jean 2, 1- 11
26/01/2003 La repentance, une bonne nouvelle Marc 1, 14-21 - Psaume 25
08/12/2002 Lazare, Marthe et Marie: une famille dysfonctionnante ? Jean 11, 1-45

 

 

 

 

 

 

 

PREDICATION Pasteur Caroline Schrumpf
Dimanche 8 décembre 2002

Lazarre, Marthe et Marie: une famille dysfonctionnante ?
Jean 11, 1-45


Frères et sœurs,

Ce matin, avec ce dernier des 7 signes de Jésus dans l'Evangile de Jean, je voudrais terminer notre parcours à travers les rencontres de Jésus.
Nous avons été témoins de la rencontre de Jésus avec Jean Baptiste, avec les premiers compagnons qui répondent à son appel, avec sa mère à Cana, avec Nicodème venu dans la nuit, avec la femme de Samarie croisée au bord du puits à la chaleur du jour, avec un homme infirme paralysé depuis 38 ans, avec la foule nourrie d'un geste de partage, avec une femme prise en flagrant délit d'adultère et renvoyée libre vers elle-même, et dimanche dernier avec l'aveugle depuis sa naissance qui retrouve la vue et qui peut voir qui est vraiment Jésus.

Ce matin, une dernière rencontre pour nous, et à nouveau un page très connue, trop connue peut-être. Ce matin je voudrais vous inviter à avoir une œil neuf sur ce récit, à exercer un regard aiguisé.

Alors je vous propose un petit jeu pour commencer. Vous connaissez le jeu des erreurs ?
C'est un jeu où l'on doit repérer sur un dessin des erreurs, des anomalies, des anachronismes, des bizarreries, des fautes de perspective… sur un dessin qui représente des personnages à une époque antique, par exemple, l'un d'eux porte une montre, une autre des chaussures à talons, on voit un réverbère, une chaise à 5 pieds, une horloge à 3 aiguilles…
Je vous propose de jouer à ce jeu au sujet de ce texte… N'y voyez-vous pas des erreurs, des anomalies, des bizarreries ? (…)

Pour ma part, je voudrais les regrouper pour en retenir trois :

1. D'abord, l'attitude de Jésus dans ce passage… elle est pour le moins étrange et surprenante, avec un certain nombre " d'anomalies ".
- Jésus ne parle pas très clairement aux disciples, et ils comprennent évidemment de travers.
- Drôle de Jésus aussi qui dit : la maladie de Lazare ne le fera pas mourir, alors qu'il va mourir !
- On nous dit que Jésus aime Lazare et ses sœurs… pourtant, quand on lui dit que Lazare est au plus mal, il attend deux jours avant de se mettre en route !
- " Marcher durant le jour… durant la nuit… ", qu'est-ce que cela veut dire, on ne comprend pas bien ce que viennent faire ces paroles de Jésus au milieu de notre histoire.
- Jésus dit : " Lazare dort ", pourtant il est mort. Pourquoi Jésus ne le dit-il pas clairement ?
- Jésus en arrivant vers Béthanie reste loin, comme si quelque chose le retenait d'entrer dans la maison. Pourquoi ?

Parfois, souvent, l'attitude de Dieu dans la Bible nous semble difficile à comprendre, à cerner. Comme l'attitude de Jésus dans ce récit, qui est étrange et dérangeante. Jésus nous ressemble, et pourtant nous ne comprenons pas ce qui le fait agir, ses critères, ses présupposés de départ, ses hypothèses d'action.
Tout cela nous échappe. " Mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes voies ne sont pas vos voix " dit Dieu dans le livre du prophète Esaïe. " L'homme regarde à ce qui frappe les yeux mais l'Eternel regarde au cœur… " chante le psaume. Dieu connaît le fond des choses, le fond des êtres, et les motivations profondes.

La Parole de Jésus met parfois du temps avant d'arriver jusqu'à nous, elle met du temps pour nous rejoindre, pour nous toucher. Non parce que Jésus est loin, en fait il est présent même auprès de Lazare, et sait ce qui arrive à Béthanie avant d'y arriver, - Jésus est présent mais bien souvent, c'est nous qui sommes loin, loin de nous même, loin du cœur de Dieu.

Comme les disciples, nous entendons la parole, mais elle nous semble obscure. Comme Marthe, nous entendons la parole et nous savons des choses sur Dieu, mais nous ne sommes pas encore entrés dans une relation de confiance, dans la démarche du croire. Celui qui sait ne livre qu'une partie de son être, celui qui croit s'abandonne entièrement.

Frères et sœurs, la Bonne Nouvelle pour nous ce matin commence ici. Il y a une place dans l'Evangile pour ce cheminement laborieux de la Parole de Jésus et de sa présence pour les disciples, pour Marthe, pour Marie, pour Lazare, cela veut dire qu'il y a aussi une place pour les notres ! Il y a une place pour notre cheminement laborieux.

Et la Bonne Nouvelle c'est la présence et la patience de Jésus qui inlassablement explique, sans faire aucun reproche.

Je crois que c'est pour cela que Jésus pleure. Il ne pleure pas sur la mort de Lazare, même s'il est touché par la peine de ses amis, mais il pleure sur les difficultés que chacun a pour s'approcher de Lui.

La 2e anomalie de cette histoire, c'est cette famille… modèle : Marthe, Marie et leur frère Lazare. En fait, c'est une famille anomalie, où les relations ne sont pas ce qu'elles devraient être.
Voila 3 adultes célibataires, qui restent des enfants inséparables, 3 personnes qui devraient construire leur vie, avoir un foyer, un conjoint, une famille, et qui restent " scotchés " les uns aux autres.
Françoise Dolto, dans son livre l'Evangile au risque de la psychanalyse, commente en disant qu'il y a là un " trio névrotique " !
Déjà le message adressé par les deux sœurs à Jésus aurait du nous mettre la puce à l'oreille : " ton ami est malade "… pourquoi ne disent-elles pas " notre frère Lazare "… ne serait-ce pas une sorte de chantage affectif envers Jésus ?
Plus loin, chacune, dans son entretien avec Jésus, dira " mon frère ".
Puis, une des deux sœurs, Marthe, semble prendre le dessus sur l'autre et va

Retour liste

 

 

 

 

 

 

(suite) PREDICATION Pasteur Caroline Schrumpf
Dimanche 8 décembre 2002 - 2e Avent
Jean 11, 1-45

voir Jésus en catimini, alors que Marie reste dans la maison avec les invités, venus présenter leurs condoléances. Après son entretien avec Jésus, Marthe va appeler Marie, en lui transmettant des paroles que Jésus n'a pas prononcées !

Lazare était malade, mais toute la famille aussi.
Même nos familles peuvent devenir des tombeaux où l'on s'enferme les uns les autres, sans le vouloir, sans le voir, sans le savoir peut-être. Pourtant, c'est souvent bien réel.

Tel parent qui enferme son enfant dans de telles exigences de réussite et d'excellence que cela devient un jugement sans appel.
" Tu as eu 18,5/20 ! Comment ? Tu n'as pas eu 19 ou 19,5 ? Mais tu es nul ! Tu n'arriveras jamais à rien... " Vous reconnaissez ce type de discours ?
Il y a des " enfants placards ", enfermés dans des placards, mais il y a toutes sortes de placards : des placards matériels, mais aussi des placards affectifs, psychologiques… Autant de tombeaux !

Tel conjoint qui enferme son mari ou sa femme dans un tombeau de paroles critiques, méprisantes, dévalorisantes, ou violentes.

Tel frère ou sœur qui prend toute la place dans la fratrie, de telle sorte que l'autre ou les autres n'ont plus qu'à s'aplatir, et se nier eux-mêmes ou s'en aller pour trouver l'espace d'exister ailleurs.

Nos relations, même les plus intimes, même celles qui devraient porter la marque de l'amour, même ces relations là peuvent être malades, porteuses d'anomalie, mal ajustées. Elles deviennent alors des entraves, des bandelettes enroulées serrées qui nous empêchent de vivre, d'exister, elles peuvent devenir des prisons, des tombeaux.

Mais la bonne nouvelle pour nous c'est qu'il nous est dit que Jésus aime cette famille de Lazare, Marthe et Marie. Il ne les rejette pas, il ne les laisse pas tomber, il n'attend pas qu'ils soient une famille parfaite pour les aimer.

Cela veut dire que Jésus peut nous aimer aussi dans nos familles mal ajustées, " dysfonctionnantes ", bancales.

Il nous aime même si nous vivons dans des tombeaux, même si nous avons du mal à exister !

Regardons ce que fait Jésus :
Il s'approche de chacun des membres de la famille, en privé. Il s'adresse à chacun de manière particulière. Et sa parole vient trancher les liens, les bandelettes, elle appelle à la vie ceux qui sont considérés comme morts, elle les invite à sortir des tombeaux.

Sa parole appelle chacun de nous encore ce matin à sortir de nos dysfonctionnements, de nos maladies relationnelles, affectives, sociales, elle nous appelle à croire, et à découvrir une autre manière de vivre, une autre manière d'exister.

Marthe : Jésus l'appelle à passer du savoir sur Dieu au croire.

Marie : Elle est toute dans son émotion, elle se jette aux pieds de Jésus. Jésus est avec elle dans son émotion, mais il l'invite ensuite à retourner vers les faits, vers le réel : Où l'avez-vous mis ?

Lazare : Jésus lui crie Sors ! Reviens vers la vie. Sa parole est un cri, parce que Lazare a besoin d'un choc, peut-être. Puis Jésus demande aux autres qui sont présents de le délier de ses bandelettes, Lazare ne peut s'en sortir tout seul. Enfin, une parole à laquelle nous ne prêtons pas souvent attention : Laissez le partir.

Laissez le vivre, prendre de la distance, prendre le large et s'éloigner un peu. C'est la condition pour qu'il trouve assez d'espace pour exister par lui même, sans ses sœurs attachées à lui.

LA parole de Jésus est une parole qui s'approche de chacun dans son unicité, dans son histoire propre, et elle invite chacun à ressusciter, à revenir vers la vie, à retrouver le chemin vers lui-même.

3e anomalie :
Normalement, chimiquement, physiologi-quement et médicalement, la mort c'est la mort. C'est le point de non-retour, c'est l'ultime.

Mais ici, la mort redevient la vie.
Bien sur la résurrection de Lazare annonce celle de Jésus.
Mais ce qui est intéressant dans cette histoire, ce qui est bouleversant, c'est qui est bonne nouvelle pour nous c'est que même lorsque le point de non retour est franchi, même lorsque nous avons passé l'irrémédiable, même si nous sommes irrécupérables, Jésus peut venir nous chercher au delà.

 

Ou plutôt sa voix nous rejoint même au delà. Cela veut dire qu'il n'y a pas de situation, pas d'acte, pas de personne irrécupérable pour Dieu.
Je pense au témoignage de l'homme qui a écrit le cantique populaire " Amazing Grâce ". John Newton, trafiquant d'esclaves, qui a été rejoint par Dieu et qui a changé de vie. Lorsqu'il a réalisé ce qu'il avait fait, il a écrit ce chant qui dit : " Quelle grâce étonnante que celle qui a sauvé un pourri comme moi, autrefois j'étais mort, mais maintenant je vis, j'étais aveugle, et maintenant je vois… "

Je repense aussi à cet homme rencontré lors d'un rassemblement Jeunesse, un homme violent, délinquant, qui a fait 10 ans de prison. Et que Dieu a rattrapé lors d'un accident : N'ayant pas payé de billet de train, voyant les contrôleurs arriver, il a sauté du train en marche et s'est retrouvé dessous, il a perdu un pied. Et là sous le train, a donné sa vie à Dieu.
Depuis, cet homme marche dans une vie transformée par la parole de Jésus, et il est devenu aumônier de prison. Le seul aumônier de prison en France qui ait fait 10 ans de " taule ".

La Bonne Nouvelle pour nous, c'est que la parole de Jésus nous rejoint toujours, même à travers les difficultés, elle nous restaure dans nos relations, elle ne désespère de rien ni de personne.

Pourquoi ?
Mais c'est l'amour !

" L'amour est patient et bon, il n'est pas envieux, ne se vante pas et n'est pas prétentieux ; il ne fait rien de honteux, n'est pas égoïste, ne s'irrite pas et n'éprouve pas de rancune ; l'amour ne se réjouit pas du mal, il se réjouit de la vérité. L'amour supporte tout et garde en toute circonstance la foi, l'espérance et la patience. L'amour est éternel. (…) Ces trois choses demeurent : la foi, l'espérance et l'amour ; mais la plus grande des trois est l'amour. "
(I Corinthiens 13)

Amen.

Retour à la liste

 

 

 

 

 

Prédication - Pasteur Caroline SCHRUMPF

UN JOUR A CANA DE GALILEE…
Jean 2, 1- 11

Frères et sœurs,

Je voudrais vous raconter une histoire, une histoire qui m'est arrivée il y a longtemps déjà, et pourtant elle est restée gravée dans ma mémoire, comme si tout était arrivé hier.

Oh, je ne suis plus toute jeune, et à mon âge on pense souvent aux jours d'autrefois, aux souvenirs. Mon nom, je ne vous le donnerai pas, il n'est pas très important, mais vous connaissez certainement celui de mon fils. Moi, je l'appelais Jeshoua, mais vous vous le connaissez sous le nom de Jésus. Moi je ne suis rien, rien qu'une vielle mère juive, mais lui, mon fils, mon enfant, (si j'ose encore l'appeler ainsi), lui c'est autre chose...

C'est vrai plusieurs éléments m'avaient mis la puce à l'oreille avant et au moment de sa naissance, mais j'avais gardé tout cela pour moi, au fond de mon coeur. Ensuite, nous avons vécu la vie de n'importe quelle famille chez nous, à Nazareth de Galilée. Et Jésus, la vie de n'importe quel enfant.

Jusqu'au jour, où Jésus a rencontré Jean, son cousin, le fils de ma cousine Elizabeth. Celui-là vivait dans le désert, comme un prophète, un peu illuminé à mon idée, mais enfin, un bon garçon tout de même... Jean annonçait partout que le gens devaient se repentir, se convertir, changer de manière de vivre, pour se préparer à accueillir le Messie, le Sauveur d'Israël.
C'est le jour où les deux se sont rencontré que tout a commencé. Moi, je n'y étais pas, mais on m'a raconté que ce jour-là, au bord du Jourdain, au moment où Jésus, mon fils, s'est avancé dans l'eau pour être purifié, il y eu comme une lumière, une lueur dans le regard qu'ils ont échangé, lui et Jean. Et Jean a commencé à raconter partout qu'il avait vu l'Agneau de l'Eternel, le Saint béni soit-il, l'Envoyé que nous attendions tous...


Tout ça reste encore étrange à mes oreilles, mais je sais qu'à partir de ce moment là, mon fils m'a ramené à la maison toutes sortes de gens, et quelques jeunes gens surtout, qui ne l'ont plus quitté d'une semelle. Ils se considéraient comme ses disciples... Vous vous rendez compte ? Mon fils, des disciples... Ils le suivaient partout, ils l'écoutaient, lui posaient des questions, et prenaient tout ce que mon fils disait comme... comme si ça sortait tout droit de la bouche de l'Eternel, le Saint béni soit-il. Tout ça me paraissait bien un peu exagéré, mais enfin, on sait ce que c'est d'être jeune. Tout ça s'enthousiasme et s'enflamme si vite !
J'en viens à mon
histoire... Un jour, il y a eu un mariage dans le village voisin, à Cana. C'était le mariage d'un parent, donc j'y suis allée avec mon fils bien sur, et aussi toute sa petite bande...

Donc ce jour-là, à Cana, on était déjà arrivé à la moitié de la fête, quand tout a coup, j'ai entendu un murmure courir parmi les serviteurs... Il n'y avait plus de vin, disaient-ils. Vous vous rendez compte... Plus de vin pour une noce ! C'était une véritable catastrophe.
Alors, là, mon sang de maîtresse de maison n'a fait qu'un tour, et je me suis dit qu'il fallait faire quelque chose... J'en ai dit un mot à mon fils, qui m'a répondu un peu brusquement. C'est vrai, ce n'était pas vraiment mon rôle de me soucier de cela, mais enfin, je suis comme ça moi. Quand je vois quelqu'un en soucis, il faut toujours que je m'en mêle, et que j'essaye de faire quelque chose pour l'aider. On ne se refait pas...

Alors, mon fils a eu cette phrase étrange : "Mon heure n'est pas encore venue". Sur le moment je n'y ai pas prêté attention. C'est plus tard que j'ai compris.

Enfin, je me disais que mon fils trouverait peut-être une solution. Je n'ai pas été déçue...

Il y avait là des grands vases de pierre, vous savez, ceux que l'on utilise pour nos purifications. Mon fils a demandé aux serviteurs de les remplir d'eau à ras bord, et une fois remplies, d'y puiser et d'en porter à boire aux invités... Et bien, vous ne le devinerez jamais, ce qu'ils y ont puisé, c'était... du vin.
Mais vous savez, sur le moment, je n'y ai rien compris... et je n'y ai pas cru !

Si bien qu'au début, j'ai cru que les invités étaient tellement grisés, qu'ils n'étaient même pas capables de faire la différence entre l'eau et le vin. Alors, j'y ai goûté aussi. C'était bien du vin, et quel vin, un vrai délice... Et la fête a pu reprendre et continuer de plus belle. Et ce fut une noce magnifique !

Mais pour moi, ce fut aussi le début de mes questions sur mon fils... Parce que ce jour là à Cana de Galilée, il s'est vraiment passé quelque chose de mystérieux et cette eau est vraiment devenue du vin...

Et pour celui que j'appelais mon fils, celui que je croyais mon fils, cela ne fut que le commencement d'une longue série d'actes étonnants : un infirme qu'il fait lever et marcher, une foule qu'il nourrit avec 5 pains et 2 poissons, son ami Lazare qu'il fait lever du tombeau

alors qu'il est déjà mort depuis trois jours, et j'en oublie...
C'est bien plus tard que j'ai compris, après cette affreuse journée, cette croix d'infamie et cette terrible agonie. Et après le matin du troisième jour, où nous avons trouvé vide le tombeau et lui, vivant !

J'ai compris que celui que j'avais porté, nourri, élevé, il m'avait été prêté seulement. Et qu'il était bien plus grand que ce que je croyais, Il était celui qui sauve et guérit, celui qui voit au-delà de notre visage ce que nous avons dans le cœur, celui qui voit nos détresses et peut changer nos tristesses en joie.

Alors, j'ai aussi compris le signe de Cana, le signe de l'eau du désastre changée en vin de la fête...
Et à vous qui m'écoutez ce matin, je dis que le signe est peut-être aussi pour vous.

Ce signe vous dit que vous pouvez lui portez l'eau de votre quotidien, de vos journées, de vos habitudes, et qu'il vous donnera à boire le vin délicieux de la joie.

Et lorsque les choses sembleront tourner à la catastrophe, vous pourrez comme moi, même si la prière vous parait incongrue ou déplacée, lui demander son aide...
Et il vous la donnera, dans une abondance inespérée et magnifique.

Heureux serez vous, car comme il l'a dit lui-même, heureux qui sans avoir vu, ont cru.

Amen.

Retour à la liste

 

 

 

 

 

 

PREDICATION Pasteur Caroline Schrumpf
Dimanche 26 janvier 2003
Marc 1, 14-21 - Psaume 25

Frères et Sœurs,

Il y a quelques temps, j'ai raconté à mes enfants ce conte oriental.

Il était une fois… un pauvre bûcheron qui vivait avec sa famille dans une pauvre maison d'un pauvre village. Chaque matin, il allait dans la forêt, abattait un arbre, puis rentrait le soir au village vendre branches et fagots.
Un jour, il choisit un arbre et lorsqu'il allait donner le premier coup de hache, il entendit une voix qui semblait venir de l'intérieur du tronc : Si tu me laisses en paix, je te donnerai ce que tu voudras.
Le bûcheron est surpris. Puis, il répond : D'accord, mais donne-moi quelque chose pour nourrir ma famille.

Aussitôt apparut un petit moulin au pied de l'arbre et la voix explique : Tu n'auras qu'à dire : " Fais ce que font les moulins" et ce moulin moudra de la farine. Le bûcheron n'en croyait pas ses yeux. Il ramassa le petit moulin et rentra chez lui.
Il montra à sa femme le moulin et dit d'une voix forte : "Fais ce que font les moulins".
Et le moulin obéit ! Quelle joie chez le bûcheron et sa famille. Désormais, ils n'auraient plus jamais faim.

Le lendemain, une vieille mendiante frappa à leur porte et demanda quelque chose à manger. La femme du bûcheron la fit entrer. Elle va dire au petit moulin : "Fais ce que font les moulins" et donne la farine à la vieille femme qui s'en va. Deux jours plus tard, la mendiante revint chez le bûcheron et se débrouille pour remplacer le moulin magique par un autre qu'elle tenait caché sous ses vêtements.
Quand le bûcheron voulut obtenir de la farine, le moulin ne fonctionna pas. Furieux, l'homme le cassa en mille morceaux. Il prit sa hache, retourna dans la forêt et frappa l'arbre magique.

Comme la première fois, la voix de l'arbre dit : Si tu me laisses en paix, je te donnerai ce que tu voudras.
Donne-moi de quoi nourrir ma famille, répondit le bûcheron.
Aussitôt, un plat apparut et la voix expliqua : Dis-lui : "Sers ce que servent les plats" et tu mangeras à ta faim. En effet, il suffisait de prononcer cette phrase pour que le plat se remplît de couscous et de viande.
Le lendemain, la vieille mendiante revint. Comme la première fois, elle trouva le moyen d'échanger un plat ordinaire contre le plat magique.

Cette fois encore, le bûcheron crut que le plat ne fonctionnait plus ; il le cassa et retourna dans la forêt avec sa hache. Que veux-tu encore ? demanda la voix de l'arbre.
Donne-moi de quoi nourrir ma famille, répondit le bûcheron. Trois bâtons apparurent devant le tronc et la voix expliqua : Dis simplement : "Faites ce que font les bâtons".
Le bûcheron prononça la formule magique et les trois bâtons se mirent à le battre. Au secours ! hurla le bûcheron. Et la voix continue : Il te suffit de dire : "Je me repens au nom de Dieu" pour que les bâtons s'arrêtent. Ce que fit notre bûcheron, qui emporta les bâtons chez lui.

Le bûcheron commençait à soupçonner la mendiante d'être responsable de la disparition du moulin et du plat. C'est pourquoi, quand la vieille femme frappa de nouveau à sa porte, il lui montra les bâtons et lui conseilla : Dis-leur : "Faites ce que font les bâtons" et tu obtiendras tout ce que tu voudras.
La vieille mendiante prononça la formule magique et les bâtons sautèrent sur son dos.
- Au secours ! cria la vieille femme.
- Rends-moi le moulin et le plat que tu nous as volés ! ordonna le bûcheron.
- Ils sont cachés dans ma maison, de l'autre côté de la route, gémit la mendiante sous les coups.
Le bûcheron courut chercher son moulin et son plat. Puis il délivra la mendiante en lui donnant la 2e formule. Les bâtons la laissèrent en paix et elle s'enfuit à toutes jambes.


Frères et Sœurs,

Le Dieu de la Bible n'est pas un arbre magique qui nous donne des bâtons et qui nous frappe pour nous conduire à nous repentir.
Ce matin, nous allons nous pencher sur une vérité que la Bible nous révèle, mais qui n'a pas bonne réputation et qui n'est plus du tout à la mode, tellement plus que nos dernières Bibles parues ont enlevé le mot même pour le remplacer par un autre, plus théologiquement ou ecclésialement correct.

Ce matin, nous allons essayer de faire face à cette dure injonction que Jésus adresse aux premiers de ses disciples, la même que Pierre adressait à la foule de la Pentecôte, la même que Jean-Baptiste adressait à la foule au bord du Jourdain, la même que les prophètes adressaient au peuple d'Israël, la même que l'on retrouve à tous les coins de pages dans nos Bibles et que pourtant nous n'osons même plus prononcer… d'ailleurs je ne l'ai toujours pas dit.

La parole que Dieu nous adresse aujourd'hui ? Repentez-vous !

Frères et Sœurs, l'appel à la repentance que Dieu nous adresse est une bonne nouvelle, une joyeuse nouvelle, une nouvelle de fête et de liberté ! Une nouvelle dont nous avons terriblement et profondément besoin.

Et je voudrais regarder avec vous trois questions simples :
1) Qu'est-ce que cela veut dire "se repentir" ?
2) Pourquoi et de quoi avons-nous besoin de nous repentir ?
3) Pourquoi est-ce difficile de se repentir ?

1) Le repentir :
La repentance vient d'un mot grec "metanoia" qui veut dire changement d'être / d'esprit / de jugement et pas seulement de comportement (comme le traduise pudiquement nos bibles récentes) mais surtout et d'abord de mentalité.
Pour résumer : se repentir, c'est changer à l'intérieur de nous. C'est écouter une autre voix que la notre, et qui nous fait changer de pensée, de décision, et aussi du coup de direction, de cap.

Pour mieux comprendre, je vais vous raconter une petite histoire :
Un couple qui avait une petite fille de 5 ans et qui est allé en vacances dans une région superbe, dans les montagnes, une super maison, mais un tout petit problème, sur un côté de la maison, le jardin se termine par une pente raide et une sorte de falaise à pic.
Quand ils arrivent, ils expliquent à la petite fille de ne pas s'approcher car il y a danger… Un jour le père s'aperçoit que la petite fille est sortie, et qu'elle est dans le jardin toute seule. Il regarde tout de suite par la fenêtre du côté de la pente à pic et il voit sa fille qui se dirige vers tranquillement dans cette direction. Il sort saisi de panique et il court vers sa fille en lui criant : "Arrête-toi, n'avance plus, retourne-toi et reviens vers moi !"

Heureusement elle s'arrête et se retourne vers son père qui la saisit et la sert dans ses bras de toutes ses forces, submergé d'amour et de soulagement, parce qu'il aime son enfant plus que tout au monde.

Frères et Sœurs, c'est cela se repentir, c'est s'arrêter à temps parce que nous avons entendu la voix de Dieu qui nous aime, et qui veille sur nous avec un cœur débordant de tendresse.

Cela n'a rien à voir avec des bâtons qui nous tapent dessus jusqu'à ce que nous demandions grâce.
Se repentir, écouter et choisir de revenir vers Dieu, changer de cap, de direction, pour marcher vers celui qui nous aime au lieu de marcher vers le précipice.

2) Pourquoi et de quoi avons-nous besoin de nous repentir ?

* Parce que notre propre nature, notre mouvement naturel, nous conduit toujours, un jour ou l'autre, à choisir de marcher vers le précipice, vers la voie sans issue.
Notre propre nature nous conduit à vivre en croyant que nous pouvons être le seul maître à bord. Et nous cherchons à organiser notre vie selon ce désir d'assouvir d'une manière ou d'une autre notre toute-puissance. Nous le faisons avec nos biens matériels, ou en nous précipitant dans une quête effrénée de savoir, ou de reconnaissance, ou dans une recherche des plaisirs du corps, dans la valorisation de tous nos sens. J'ai y droit et cela doit être bon puisque cela me fait du bien… Je peux le faire puisque je suis libre n'est ce pas ?


Cela me fait repenser à cette émission de Loft-story de l'année passée… croire que nous sommes libres, que c'est un jeu, que c'est une expérience fantastique mais en nous manipulant pour exacerber en nous le côté obscur, ce qui est malsain, méchant, pervers, immoral, impur. Est-ce que nous voulons vivre dans le loft ?

* Nous avons besoin de nous repentir, même si nous avons le sentiment d'être du bon côté, ou du côté des bons. Personne n'est parfait, mais moi je ne suis pas si mal que ça alors pourquoi ? Je n'ai tué personne, je n'ai volé personne (sauf la SNCF, la RATP, un peu le fisc peut-être et le porte-monnaie de ma grand mère…), j'ai été gentil avec tout le monde (sauf avec le collègue que je ne supporte plus, mes voisins qui m'exaspèrent en faisant du tamtam jusqu'à 11h du soir, l'automobiliste qui roulait en respectant les limitations de vitesse devant moi et que j'ai affublé de tous les noms d'oiseaux, et la caissière du supermarché qui traîne comme si je n'avais que ça à faire…)
Celui qui a enfreint le plus petit de tous les commandements, c'est la loi toute entière qu'il a enfreinte.
Celui qui dit "racca" à son frère, (imbécile) est coupable devant Dieu, dit Jésus. Nous cherchons de toutes nos forces à nous auto-justifier, mais la justification n'est pas en notre pouvoir. Et nous le savons bien…


Si nous nous regardons dans le miroir de notre âme, sommes-nous réellement satisfaits de ce que nous voyons ? Sommes-nous en paix ? On ne dirait pas… à voir le nombre de personnes qui sont mal autour de nous, le nombre de ceux qui remplissent les salles d'attente des médecins, des psychologues et autres, le nombre de ceux qui vivent sous traitement permanent contre l'angoisse et l'insomnie… Il semble que quelque chose ne va pas bien en nous. Nous avons de plus en plus de choses qui remplissent nos vies, et il nous manque pourtant l'essentiel. La Bible nous révèle ce dont nous avons besoin : Nous avons besoin de nous repentir, de changer de cap parce que le Dieu de la Paix nous invite à connaître la paix.

. C'est pour cela que nous avons été créés. Parce que la repentance est un chemin de liberté, qui nous conduit de nos ténèbres vers la lumière. Qui nous dit que nous ne sommes pas sous le coup de la malédiction du péché, de nos fautes, de notre passé, de nos culpabilités, de nos échecs… Qu'il y a une issue possible, un changement possible. Que nous ne sommes pas seuls abandonnés à nos vieux démons, à nos chimères, à ces oiseaux noirs qui tournoient au dessus de nos têtes…

* Et même si nous sommes chrétiens, depuis longtemps ou depuis peu, nous sommes toujours en danger de mettre de l'eau dans notre foi, de la délayer, comme on le fait avec le mauvais vin, la piquette mais alors cela n'a plus de goût. Nous nous détournons de Dieu pour trouver ailleurs notre satisfaction, nous retombons dans nos anciens schémas, nous cherchons ailleurs notre bonheur, notre paix, notre joie, notre identité et notre valeur humaine.

Alors ce matin, le Seigneur nous dit : Attention, arrête-toi, retourne-toi et reviens vers moi.

3) Cela paraît si simple alors pourquoi est-ce si difficile ?

Il y a 3 raisons possibles :

* Parce que nous ne voulons pas changer, nous ne voulons pas abandonner nos petits vices ou nos grandes tentations, tous ces faux dieux que nous adorons, parce nous croyons qu'ils nous font du bien. Nous sommes comme un grand diabétique devant un bol de mousse au chocolat. Nous savons qu'il ne faut pas, que c'est mauvais pour nous mais…. c'est tellement bon ! Nous ne voulons pas changer de direction. Or la promesse de Dieu, c'est qu'il peut changer notre cœur et notre volonté.
"Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai ma loi dans votre cœur." Dit la parole. C'est Dieu qui crée en nous le vouloir et le faire dit l'apôtre Paul.

* Se repentir, c'est difficile. C'est très dur d'abandonner des habitudes qui sont devenues des besoins, des addictions, des dépendances, même si nous voulons nous repentir, nous en détourner pour nous tourner vers Dieu.
Or Dieu nous fait une promesse : le Saint Esprit est notre force.

* Nous ne faisons pas vraiment confiance en Dieu - nous n'arrivons pas à croire qu'il ne nous attend pas au coin du bois avec un énorme gourdin, nous avons du mal à croire qu'il court vers nous et nous appelle par amour et non par méchanceté, pour nous rendre libres, nous écarter du danger et nos pour nous punir. Alors la parole nous rappelle : il n'y a plus de condamnation pour ceux qui sont en Jésus Christ. Désormais, rien ne pourra vous séparer de l'amour de Dieu, un amour si profond que nous n'en toucherons jamais les limites.


Ce matin, la parole du Seigneur est pour nous :
Repens-toi, Reviens vers moi, Je t'aime et je veux que tu connaisses la paix et la liberté.

Amen.


Retour à la liste

 

 

 

 

 

 

Prédication - Pasteur Caroline SCHRUMPF
Dimanche 8 juin 2003 - Pentecôte
Baptêmes et confirmations
Actes 2, 1-13 - Galates 5, 1 et 13-25

Là où est l'Esprit de Dieu, là est la liberté.
La présence de Dieu en nous, quand il nous remplit, quand nous l'attendons et que nous lui demandons de venir en nous, cette présence est comme… une corde.
(sortir la corde)

Avec une corde, on peut s'attacher, se lier, se ficeler.
(demander aux catéchumènes deux volontaires pour se ficeler l'un l'autre)

Certains pensent que choisir de marcher avec Dieu, choisir de vivre dans la présence de Dieu, comme les catéchumènes vont le témoigner tout à l'heure, c'est choisir de vivre en étant lié, ficelé par Dieu. C'est le contraire de la liberté.
Faire ceci, ne pas faire cela. Mettre sa vie en colonne, d'un coté le Bien, de l'autre le Mal.
Et puis à la fin, on regarde dans quel sens penche la balance, on compte les points.
Si c'est ça, vivre avec Dieu, alors, je n'ai plus rien à vous dire… et plus rien à faire ici, ni vous non plus sans doute.

Mais on peut faire autre chose avec une corde. Et avec Dieu.
On peut vivre autrement une vie dans la présence de Dieu, une vie avec Dieu, une vie où Dieu est avec nous.

Pour cela, je voudrais prendre deux images.

1) Sur un bateau d'abord, sur un voilier. Qui a déjà fait du voilier ?
Alors, sur un voilier, il n'y a pas de corde. Mais il y a des bouts, des drisses, des écoutes, des balancines, des haussières… Chaque cordage a un nom particulier, selon son utilité, sa fonction. Et il y en a un important parmi tous. C'est une corde, cela peut aussi être un filin… c'est la ligne de vie.
La ligne de vie ce n'est pas ce que l'on peut découvrir en regardant sa main, c'est un cordage qui court tout autour du bateau et qui permet de s'accrocher quand la mer est forte, et qu'il faut se déplacer sur le pont. Pour ne pas risquer d'être envoyé par-dessus bord, on met un harnais de sécurité que l'on attache à la ligne de vie. Parce que pour être libre de se déplacer sur le bateau sans risquer sa vie, il faut s'attacher, se mettre en sécurité. Et même si une vague vous emporte, vos équipiers pourront vous rattraper, puisque vous êtes accroché, relié à la ligne de vie.

2) Deuxième image : quand on va en montagne, quand on fait une randonnée, une course en haute montagne, que fait-on d'essentiel ?
On s'encorde.
Parce que la liberté en montagne, ce n'est pas d'aller où bon nous semble, comme bon nous semble. Cela peut sembler être la liberté, mais en fait c'est le danger. Cela peut sembler magnifique, mais cela mène tout droit à la catastrophe, voire à la mort !
En montagne, pour être en sécurité, il faut s'encorder.
(détacher le catéchumène ficelé et encorder les jeunes + quelques personnes de l'assemblée).

La liberté en montagne, c'est de s'encorder. Devant, celui qui ouvre la marche, le premier, c'est le guide. C'est lui qui connaît l'itinéraire pour éviter les pièges, les crevasses, les couloirs d'avalanche, les chutes de séracs, les corniches dangereuses…

Il connaît la neige, les glaciers, la météo, il sait apprécier la difficulté. Son rôle est de sécuriser toute la cordée. Derrière lui, on peut avancer tranquille, en confiance.

Et quand on est encordé, on est sécurisé aussi par les autres. Je me souviens d'une petite course que j'ai faite il y a longtemps sur le glacier Blanc, près de Briançon. Tout à coup, l'ami qui marchait devant moi s'est enfoncé jusqu'aux cuisses dans la neige. Heureusement, comme nous étions encordés, celui qui était devant et moi qui étais derrière, nous l'avons retenu, pour éviter qu'il ne s'enfonce d'avantage, et nous l'avons aidé à sortir de son trou.

Alors, vous pensez sans doute, tout ça c'est bien joli, mais quel rapport avec la vie avec Dieu, et pourquoi parler de bateau, de montagne… Nous sommes ici à Poissy, sur le plancher des vaches, et il n'y a pas beaucoup de voiliers, et encore moins de hauts sommets autour de nous.

J'ai choisi ces deux images, parce que vivre, cela ressemble souvent bien plus à une navigation en haute mer, qu'à une croisière en péniche sur la Seine. Cela ressemble plus à une course en haute montagne qu'à une randonnée dans la foret de Saint Germain !
Parfois, la mer est agitée, parfois c'est la tempête, parfois le chemin est escarpé, et parfois on a même l'impression d'avoir perdu son chemin.
Vous les catéchumènes, vous etes encore au début de votre vie, et vous savez déjà que ce n'est pas toujours simple ou facile.

La vie avec Dieu, c'est une aventure ! Et il vaut mieux s'encorder !
Si vous voulez une vie tranquille, c'est un peu raté je crois…
Vivre en suivant Jésus Christ, c'est choisir de marcher sur un chemin où des choses inattendues peuvent arriver, vont arriver, des choses parfois un peu folles, surprenantes, étonnantes…

Comme les disciples rassemblés ce jour-là à Jérusalem. Ils attendaient sagement selon la parole de Jésus, ils attendaient quelque chose, sans trop savoir quoi.
Ils n'ont pas été déçus.

D'abord, il y a eu ce grand courant d'air qui a traversé la maison, un grand bruit de tornade, de portes qui s'ouvrent avec fracas, et puis ces flammes qui se séparent et se posent sur chacun. Parce que l'Esprit n'est pas une expérience de groupe, mais une manifestation pour chacun, individuelle, parce que chacun est unique pour Dieu.

Et puis il y a cette audace qui les remplit, cet élan qui les pousse dehors et ces mots qui jaillissent de leurs bouches, mots inconnus ! Une expérience qui les entraîne dans l'aventure, qui les transforme, de timides et craintifs les voila pleins de louange, de joie.

A Jérusalem, il y a des gens venus de tous les coins de l'empire romain, de l'est à l'ouest du nord au sud, pour célébrer la fête de Pentecôte, la fête juive du don de la Loi à Moise.
Chacun entend les disciples parler dans sa propre langue… Chacun entend la bonne nouvelle de Jésus dans sa propre langue. Parce que le projet de Dieu est de rejoindre chacun de nous dans sa langue, dans sa culture, dans sa situation.

 

C'est un signe qui nous parle de nous. Jésus avait dit à ses disciples : vous serez mes témoins jusqu'au extrémités de la terre… jusqu'à Poissy !
Cette promesse s'est réalisée, n'est ce pas ?

Alors, vous les catéchumènes, vous allez vous encorder aujourd'hui avec Dieu et avec nous, vous accrocher à cette ligne de vie, à ce fil de liberté qu'est la présence de Dieu.

Aujourd'hui, en ce jour de Pentecôte, vous venez dire devant tous votre désir que cette présence de Dieu dans votre vie ne soit pas seulement quelque chose d'extérieur, Dieu à coté de vous, mais aussi une expérience intérieure, profonde, Dieu en vous.

Alors que cette vie de Dieu soit déversée en vous par l'Esprit, et qu'elle jaillisse vers les autres.

Aujourd'hui, il y en a parmi nous qui se sont encordés il y a longtemps déjà. Il y en a aussi peut être qui se sentent "au bord du chemin", qui voient passer la cordée devant eux et qui se demandent si le moment n'est pas venu de tenter l'aventure, de saisir la corde, de se lier à Dieu.
Peut être certains sont encore dans l'attente, comme les disciples, apeurés, affaiblis, abattus par les épreuves de la vie. Parfois, la vie fait mal…

Alors, si ce matin vous pensez être dans cette situation, le Seigneur vous donne le temps, il est patient, il vous laisse le temps de faire le chemin, il ne vous presse pas.

Pour nous tous : la présence de Dieu est là, disponible, offerte comme un cadeau, le souffle de Dieu qui fait du neuf dans nos vies, qui nous entraîne dans l'aventure, qui brise nos liens et nous invite à marcher sur un chemin de liberté…

Pourquoi ? Pourquoi nous encorder à la présence de Dieu, pourquoi entrer dans cette cordée immense de ceux qui marchent à la suite du Christ ?

Pour une seule et unique raison !

Parce que nous sommes aimés.
Quoique nous soyons, qui que nous soyons, quoique nous ayons fait dans notre vie, ou quoi que nous n'ayons pas fait, quelques soient les parts de lumière et d'ombre, quelques soient nos gloires et nos échecs, nous sommes aimés.
Totalement, complètement, passionnément, éternellement.
Et vous le savez bien, c'est l'amour seul qui rend vraiment libre.

"Si vous demeurez dans ma parole, vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres…" disait Jésus à ses disciples. (Jean 8, 32)

L'amour que Dieu a manifesté pour nous est scellé pour toujours sur la croix, offert pour toujours dans le souffle bienfaisant de l'Esprit, "qui rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu…" comme le dit Paul.
Nous sommes ses bien aimés.

Là où est l'amour, là est la liberté.
Là où est l'Esprit, là est la liberté.
Nous sommes aimés. Nous sommes appelés à la liberté.

AMEN.

Retour à la liste

 

 

 

 

 

 

Prédication - Pasteur Caroline SCHRUMPF
Dimanche 9 Novembre 2003
Un cœur qui connaît le manque…

I Rois 17, 8-16 -Marc 12, 41-44

Frères et sœurs,


Ce matin, l'Ecriture nous invite à aller à la rencontre de deux femmes.
La première, une femme de Sarepta, en territoire de Sidon, au nord d'Israël. Sidon, c'est la patrie de Jézabel, la célèbre femme du roi Achab, de triste mémoire, et fille du roi des Sidoniens. Cette femme de Sarepta est donc une sidonienne elle aussi, étrangère au peuple de Dieu. Et c'est justement vers elle que Dieu envoie Elie pour échapper à la sécheresse. Cette femme de Sarepta n'a pas laissé son nom dans l'Ecriture. Mais on sait d'elle qu'elle est veuve, très pauvre, et qu'elle vit avec son unique fils. Quand Elie le prophète la rencontre, on comprend qu'elle est dans une situation désespérée, sans autre issue que d'attendre la mort.

La deuxième femme, celle de l'Evangile, on ne sait pratiquement rien d'elle. Si ce n'est qu'elle aussi est veuve et pauvre. Elle ne dit rien, Jésus non plus ne lui parle pas, il la regarde seulement. Il pose son regard sur elle avec douceur et respect. Jésus est là comme un simple témoin et puis il interpelle les disciples. Et derrière eux, il y a peut-être nous, qui essayons de comprendre sa parole aujourd'hui.

Ce matin, je voudrais retenir et revisiter avec vous quelques éléments qui m'ont touché, qui ont capté mon attention, des éléments qui sont présents dans les deux récits.

Je pense que ces deux histoires sont connues par plusieurs d'entre vous.
Peut-être un peu trop connues au point que nous lisons ou que nous écoutons le texte sans surprise. Ce matin, ma prière et mon attente pour chacun de nous, c'est que Dieu nous donne un regard neuf.

* * *

Sur ces deux histoires, je voudrais retenir deux choses.

La première chose qui m'a intriguée, c'est que Dieu très clairement dit au prophète Elie :
" Va à Sarepta, dans le territoire de Sidon, et restes-y pour l'instant. "
Déjà, c'est assez étrange que Dieu emmène Elie se réfugier dans le territoire de Sidon-
(un territoire étranger, où vivent des adorateurs de Baal). Mais je continue…
Dieu dit : " J'ai ordonné (ou commandé dans certaines versions de la Bible) à une veuve de pourvoir à tous tes besoins. "
Dieu ne dit pas : " Je vais essayer de te trouver quelqu'un qui pourra t'aider… " ou " ne t'inquiète pas, une personne te donnera… "

Et quand Elie arrive, on n'a pas vraiment l'impression que l'ordre a été reçu, n'est-ce pas ? La femme veut bien donner un peu d'eau, mais, pour le reste, elle est plutôt dubitative, et craintive et totalement désespérée.

Pourtant, elle accepte à continuer la suggestion d'Elie, elle accepte d'entrer dans une démarche de confiance qui paraît tout à fait étonnante. Elle accepte de donner le peu qui lui reste, sur la parole d'Elie. Élie, bien sûr, ne parle pas de lui-même, mais conduit et guidé par Dieu.
C'est ce qu'il fit à la femme d'ailleurs : " Ainsi parle le Seigneur le Dieu d'Israël : La farine ne manquera pas dans le pot, ni l'huile dans le bol… "
Et la femme alla faire selon la parole d'Elie.

Dans le cheminement de cette femme de Sarepta, même si nous n'avons pas le temps de le lire aujourd'hui, il y aura encore la maladie et la mort de son fils, puis l'action et la prière de Elie. Et Dieu va ramener l'enfant à la vie.
Alors, cette fois la femme de Sarepta pourra s'écrier : " Maintenant je sais que tu es un homme de Dieu, et que la parole du Seigneur dans ta bouche est vérité. " Cette fois, ce n'est plus la parole d'Elie, mais la parole de Dieu qu'elle reçoit.

Avant qu'elle en ait conscience, Dieu agit dans le cœur de cette femme. Avant même qu'elle le sache, Dieu est présent dans sa vie.

La pauvre veuve de l'Evangile vit aussi une sorte de visite en secret de Dieu, de Jésus dans sa vie, dans son histoire. Là, tout passe par le seul regard. Jésus la voit, alors même qu'elle ne le voit pas. Jésus remarque son geste, alors même qu'elle ne se préoccupe pas de ce qui se passe au tour d'elle. Peut-être vient-elle même s'approcher très discrètement du tronc des offrandes.
Jésus visite cette femme à son insu, une visite secrète, manifestée par un regard plein de compréhension, d'admiration, d'amour.

Nos vies aussi, Dieu le visite parfois à notre insu.
Combien de fois l'a-t-il déjà fait, sans que nous n'en ayons rien su ?
Combien de fois le fera-t-il encore ? Dieu n'attend pas que nous ayons tout compris, tout saisi, tout accepté, tout consenti pour agir dans nos vies. C'est vrai, à un moment, il faut se décider pour Dieu, et ouvrir la porte…

Mais lorsque nous l'ouvrons, nous découvrons que Dieu est là depuis longtemps, et qu'il nous attend. Cela peut sembler contradictoire, mais même sans que nous le sachions, sans que nous le pressentions, Dieu est à l'œuvre dans nos vies depuis bien longtemps. Apocalypse 3, 20 : " Je me tiens à la porte et je frappe. Celui ou celle qui entend ma voix et m'ouvre la porte, j'entrerai chez lui, et je mangerai avec lui… "

Le deuxième élément qui a accroché ma curiosité, c'est le commentaire que Jésus fait sur le don de la veuve. Et d'ailleurs, le récit parallèle de l'Evangile de Luc le formule exactement dans les mêmes mots.

Jésus interpelle ses disciples et leur explique que cette femme avec ces deux pièces jaunes a mis plus que tous les billets, et tous les chèques des riches et autres Cartes Bleues, American Express silver, gold et platinum…
Attention : Jésus ne dit pas cela pour nous donner bonne conscience quand nous venons au culte en ayant oublié de prévoir la collecte et que nous ne mettons dans les crusolettes (c'est le nom exact des " épuisettes " à offrande) que les quelques pièces qui se trouvent par hasard au fond de notre poche.

Et pourtant, il fait cela sans rien bousculer de notre intimité. Sans indiscrétion, sans violence. On ne peut le savoir et le comprendre bien souvent qu'après coup, et dire comme Jacob : " Dieu était là et je ne le savais pas… "
Dieu était là, et je ne m'en doutais pas. Dieu était là, contre toute apparence.
Dieu n'avait cessé d'être là, tout au long du chemin. Dieu n'abandonne pas, même s'il reste silencieux. Dieu ne change pas. Il est in Dieu de fidélité.

* * *

Puis, Jésus dit cette phrase étrange : " Elle, de son manque, elle a mis tout ce qu'elle avait, toute sa vie. "
Qu'est ce que Dieu attend de nous ? Il attend TOUT !

Est-ce qu'il désire vraiment les deux pièces jaunes de cette pauvre femme ? Les biens de cette pauvre veuve ? Est-ce que Dieu souhaite épuiser les maigres réserves de la veuve de Sarepta ?

Non, ce que Dieu attend des hommes que nous sommes, c'est l'amour, et une relation de personne à personne. " Mon enfant, donne-moi ton cœur " dit le livre des Proverbes.

En donnant ses deux piécettes, la femme veuve fait un signe à Dieu, effectivement, elle donne tout, tout ce qu'elle a, pour vivre, toute sa vie.

La veuve de Sarepta suivra le même chemin. Dans une situation de détresse extrême, de dénuement, de désespoir, elle tout d'abord à Elie.

Je voudrais vous raconter une histoire. Je ne sais pas si elle est vraie ou si c'est une parabole imaginée pour essayer de comprendre ce que peut signifier ce " TOUT ".
C'était dans une église, un dimanche au culte. C'est le moment de la collecte. Et dans cette église, on rassemble la collecte dans de grands plateaux argentés recouverts de feutrine rouge. C'est très beau et très chic. Et en plus, on voit ce que met le voisin…
Les plateaux circulent de rang en rang. Puis ils arrivent au fond du temple. Et là, au fond du temple, au bout d'un des derniers rangs, se trouve un homme, entre deux âges, que personne ne connaît. Personne ne l'a vraiment remarqué, il est un peu transparent. Il a l'air un peu fatigué, ses vêtements aussi ont l'air fatigué. Lorsque le plateau arrive à lui, il le prend et très lentement se lève. Ceux qui le voient sont surpris, se demandant ce qu'il est en train de faire.
L'homme se lève et se place dans l'allée. Il pose doucement le plateau par terre. Et il se met dedans.

" Elle, de son manque, elle a mis tout ce qu'elle avait, toute sa vie. "
Ce tout, curieusement, c'est justement son manque.
Ce tout que ces deux femmes donnent à Elie et à Jésus, à Dieu, c'est un cœur de veuve, un cœur en deuil, un cœur meurtri et blessé par la mort d'un tout proche, un cœur qui connaît le manque, le vide, un cœur éprouvé.

Dieu n'attend pas que notre vie soit réparée, que nous soyons réparés, il accueille nos histoires blessées, nos vies plaintives, craintives.
C'est seulement s'il y a du vide dans notre vie qu'il y a un espace pour que Dieu puisse entrer.

Et pour nous ce matin, à travers ces deux histoires de veuves, il y a deux promesses, deux paroles de vie, pour nous inviter à la Vie.

- N'aie pas peur… Ce n'est pas le pape Jean Paul II qui a inventé ce mot d'ordre ! C'est la parole du prophète Elie à la pauvre veuve de Sarepta, et c'est aussi la parole de Jésus.

- Il y aura de la farine dans le pot et de l'huile dans le bol… Dieu nous accompagnera et nous conduira plus loin, sur le chemin où il répondra à nos attentes, où il sera notre nourriture, notre soutien, notre subsistance, notre force.

Amen.

Retour à la liste

 

 

 

 

Prédication du 4e dimanche de l'Avent
21 décembre 2003
Pasteur Gérard DELTEIL


Esaïe 9, 1-6 / I Thessaloniciens 5, 1-5 / Marc 13, 33-37

Dernier dimanche de l'Avent. Les quatre bougies sont allumées, l'attente approche de son but. Car ces quatre semaines de l'Avent qui précède Noël sont là pour reconduire la communauté de Jésus vers l'attente. Pour réveiller en elle l'impatience, l'aspiration à ce qui n'est pas encore, pour la tourner vers le futur, comme une communauté qui guette la venue de ce qu'elle espère.
Et pour ce dimanche, la dernière parabole de Jésus dans l'évangile de Marc. Juste avant de quitter les siens, au seuil du départ, de la séparation, dernière catéchèse, comme un ultime message où tout est ramassé. Après commence immédiatement le récit de la Passion.
Dernière parabole : "C'est comme un homme qui part en voyage…"

J'en retiens d'abord ce qu'elle a de plus bouleversant pour moi : parabole du Maître qui s'en va, de la séparation, de l'absence.

Les temps sont changés. Le temps n'est plus où il était là, où il prenait tout en charge, où il assurait la vie. Il part. C'est un temps nouveau qui commence. Il part et il les laisse sels livrés à eux même. Avec toutes leurs questions : mais pourquoi nous a-t-il quittés ? Qu'allons nous devenir sans lui ? L'absence du Maître, c'est d'abord pour eux ce vide, cette déchirure, ce manque : il n'est plus là. Il nous fait apprendre à vivre de lui, sans lui.

Mais voila le plus bouleversant : c'est par cette absence qu'ils vont le découvrir et se découvrir eux mêmes, c'est par cette absence qu'ils vont mieux le connaître, et mieux se connaître eux mêmes. C'est par cette absence qu'ils vont devenir adultes, libres et responsables. Le départ du Maître les éveille à leur pleine dimension humaine.
Le Dieu de Jésus n'est pas un Dieu qui voudrait nous tenir sous surveillance, contrôler tous nos faits et gestes, nous garder sous sa tutelle. Le Dieu de Jésus est un Dieu qui s'efface, qui prend de la distance, pour ouvrir devant nous l'espace de notre liberté. C'est cela aimer : vouloir que l'autre grandisse.

Le maître s'en va. Et il leur confie tout ce qu'il a. Il leur donne tous ses pouvoirs. Toute leur vie désormais est sous le signe de cette confiance et de ce don. A eux maintenant de se prendre en charge, de prendre en charge la maison commune.

C'est toujours la confiance qui nous appelle à la vie. C'est par la confiance qui nous est faite que nous pouvons à notre tour prendre confiance en la vie, en nous-mêmes, en nos possibilités, en notre avenir. C'est la confiance mise en nous qui nous fait grandir.

Toute la vie de Jésus est dans cette confiance faite à chacun, chacune, cette confiance donnée à ceux qu'il appelle à le suivre, cette confiance rendue à ceux qui doutent ou qui désespèrent d'eux-mêmes, cette confiance maintenue à veux qui le déçoivent ou le trahissent. J'ai confiance en toi, en celui ou celle que tu es, en celui ou celle que tu deviendras.
Tu peux prendre appui sur ma confiance, te fonder sur elle, vivre de cette foi que j'ai mise en toi et que je ne te retirerai pas.

Evangile bouleversant de Jésus. Le Père s'efface pour que nous puissions grandir. Le Père s'efface pour nous confier toute sa création. Le Père prend du champ, de la distance pour que nous devenions pleinement humains, merveilleusement humains. Evangile du Dieu qui s'en va.

* * *

Dès lors, le temps bascule du coté de l'attente. Le temps qu'ils vivant leur est redonné comme un temps qui espère.
Ce temps n'est pas tourné derrière dans la nostalgie ou les regrets, comme lorsque nous entonnons le refrain "de mon temps…", c'est un temps tourné vers l'avant. Il y a quelqu'un à attendre. A tout moment, il peut surgir. Quand ? Comment ? Personne ne le sait.
La foi n'est pas une manière de "savoir" ce que d'autres ne sauraient pas. C'est une manière d'attendre. A tout moment, la porte peut s'ouvrir, et l'inattendu arriver. Comme dans les récits de Pâques, où le ressuscité surgit par surprise.

Alors, chaque instant prend une saveur nouvelle. Parce qu'à chaque instant il peut surgir, et nous faire signe. Derrière chaque rencontre, dans le sourire d'un bonheur, dans le plaisir d'une fête, ou la blessure d'un échec, le Dieu qui s'en va est aussi le Dieu qui vient, toujours à venir, toujours surprenant. Chaque instant de vie, l'instant même que nous vivons en ce moment, peut devenir celui de cette rencontre.

C'est dire que la vie est toujours ouverte sur l'espérance; c'est le miracle de Noël : miracle d'une naissance, quelque chose commence, quelque chose sans précédent, un commencement tout neuf qui surgit dans le cours des choses. Rien n'est jamais joué, rien n'est jamais perdu. Aucune situation n'est sans issue, une espérance nous fait signe. C'est le miracle de Noël. Et c'est le miracle de Pâques : un chemin est ouvert, une brèche est là, la vie peut ressurgir, quand bien même elle serait en débris.
C'est de cette parole que nos communauté ont à être porteuses aujourd'hui où tant de nos contemporains et peut être nous-mêmes, avons le sentiment d'être enfermés, prisonniers de destins qu'il faut subir. Car cette parole vient refonder en nous la vie, notre alliance avec la Vie, elle nous redonne le goût de l'avenir.

Communauté de Jésus non pas rassasiée ou blasée, mais impatiente. Non pas satisfaite, mais en manque, vulnérable, parfois à bout de forces, à bout de courage et de foi, et repartant, s'obstinant à repartir, à espérer dans la nuit.

* * *

Alors la maison ici devient une maison qui veille, comme une fenêtre allumée dans la nuit, une petite lumière, une petite veilleuse, qui signale une présence.
Il y a trois images dans l'évangile de Marc qui figurent la communauté de Jésus : le chemin, la barque et la maison.

Le chemin, car tout l'évangile est un chemin, se donne comme un chemin. Le chemin c'est le mouvement, la mobilité, la découverte. Suivre Jésus sur son chemin.
La barque, c'est la fragilité. C'est la présence et l'absence de Jésus, car la barque est prise dans la tempête. Une fois il dort, une fois il n'est pas là.
La maison, c'est la proximité, l'intimité avec Jésus, le lieu du repas de la fête, de la parole partagée.

Mais ici, la maison c'est le lieu d'une veille. Avec insistance, à 3 reprises, le mot revient. Pour dire quoi ?

Veiller c'est résister à la fatigue, au sommeil, garder les yeux ouverts, rester en alerte, capter ce qui se passe.
Jésus ne nous dicte pas ici ce que nous aurions à faire, il désigne une certaine attitude d'existence, une certaine manière de se tenir devant la vie. A chacun, à chacune de nos communautés d'interpréter comment traduire cette vigilance, et quelle forme elle prendra.

Peut-être sera-ce avant tout une forme de résistance contre ce qui fait violence à des êtres humains, les discriminations, le racisme, le sexisme, le mépris de l'autre…

Peut-être sera-ce une vigilance dans la prière car la prière est une manière de retourner à la source et de garder vive cette source en nous même et avec d'autres.

Peut-être sera-ce le désir de communiquer à d'autres autour de nous la parole qui nous fait vivre, d'en témoigner dans l'espace public, à l'écoute de tous les bruits du monde.

J'ai envie de dire simplement pour nous aujourd'hui :
Veillez sur la vie, parce qu'elle est fragile, veillez sur la vie là où elle est sans défense, démunie ou blessée.
Ne la laissez pas se réduire à une caricature de l'humain, travaillez à la faire grandir, à la faire naître et renaître sans cesse.
Veillez sur la vie parce qu'elle est cette merveille qui nous est donnée à chacun, à tous.
Veillez sur la vie, pour qu'elle soit cette merveille pour chacun et pour tous.

Dernière parabole de Jésus, déjà la fin est l). Il va leur être arraché, les laisser seuls. Eux vont apprendre l'absence, la déchirure de l'absence.
"C'est comme un homme qui part en voyage…"

Mais l'absence n'est pas le vide. Elle est soutenue par une parole. Elle est illuminée par une promesse.
Il vient, le Fils de l'humain, il vient, il n'aura jamais fini de venir.
Noël est là pour nous redire : il vient.

Amen.

Retour liste

 

 

 

 

 

 

Prédication Samedi 24 et Dimanche 25 janvier 2004
Pasteur Caroline Schrumpf

Néhémie 8, 1-12
Luc 4, 14-21

Qûmran ou Massada ?

Ce matin, en relisant cet épisode de Jésus qui vient dans la synagogue de son enfance, je vous invite à un voyage.
Je pense que plusieurs parmi vous ont peut être voyagé et visité le pays de Jésus… et je suis sûre que plusieurs ont visité ces deux sites historiques célèbres de Qûmran et de Massada.
Au-delà de l'importance historique, ces deux sites vont être pour nous des images pour comprendre la parole de Jésus, pour essayer de la recevoir.
Ces deux noms représentent deux chemins que nous pouvons être tentés de prendre pour éclairer la parole du prophète Esaïe que Jésus lit dans la synagogue de Nazareth.

Qûmran :
Un site dans le sud d'Israël, des grottes surplombant la Mer Morte, dans un site sauvage, aride, désertique. Un dédale de cavernes dissimulées dans la roche, difficiles d'accès. Et justement, c'est parce qu'elles étaient difficiles d'accès que ces grottes étaient devenues au temps de Jésus le refuge de la communauté des Esséniens. Ils avaient choisi de se retirer du monde corrompu, souillé par le péché pour rechercher la pureté et prier et se préparer ainsi à la venue du Messie. Se retirer loin du monde de ténèbres pour devenir des enfants de lumière, c'est le chemin de Qumran.

Massada :
Un autre site imposant à coté de la Mer Morte, un éperon rocheux sur lequel une imposante forteresse a été construite par Hérode le Grand. En 70 de notre ère, après plusieurs années de révolte, les armées romaines font tomber Jérusalem, et détruisent le Temple. Seule une poignée de "zélotes" irréductibles résistent encore durant 3 ans. Ils se réfugient dans la forteresse de Massada. Finalement, en 73, ils se donnent la mort les uns aux autres, plutôt que de tomber dans les mains ennemies. La lutte avec tous les moyens du bord, avec tous les moyens du monde, (ici la lutte armée) c'est le chemin de Massada.

Bien sûr, il ne s'agit pas ici pour moi de porter un jugement sur le choix des Esséniens ou des Zélotes. Ces choix sont respectables et dignes.

Mais il me semble que ces deux lieux "mythiques" peuvent être pour nous comme deux images de deux tentations dans lesquelles nous pouvons facilement tomber en écoutant les paroles de Jésus, et notamment celles qu'il prononce ce jour la dans la synagogue de Nazareth.

Ces deux lieux de Qumran et Massada sont deux chemins possibles qui nous tentent devant les paroles de Jésus :
Le chemin de Qumran, c'est la tentation de la spiritualisation à l'extrême, de la fuite hors du monde et de tout son cortège de corruption matérielle, pour préserver notre pureté spirituelle.
Le chemin de Massada, c'est la tentation d'adopter les méthodes du monde, et de ce que j'appellerai le matérialisme extrême. (Bien sur, je sais combien ce mot est chargé de sens d'un point de vue historique, et là encore, je ne veux pas porter de jugement, mais simplement utiliser un terme qui décrive cette 2e tentation). C'est le choix de vivre dans le monde, en occultant, en écartant toute autre dimension que celle de l'action, de la stratégie "au premier degré".

La Bonne Nouvelle que Jésus annonce en reprenant à son compte les paroles du prophète Esaïe, c'est la vue pour les aveugles, la liberté pour les opprimés, la guérison pour les malades. Comment pouvons nous comprendre ces paroles de Jésus ?

Elles se heurtent dans notre esprit à la réalité du monde qui est autour de nous, et qui ne semble pas avoir beaucoup changé ! Autour de nous il y a encore des aveugles, des opprimés, des malades. Est-ce que Jésus s'est trompé en annonçant cela ? Nous a-t-il trompés ? Comment y voir clair ?

Alors nous pouvons choisir le chemin de Qumran : C'est la tentation de spiritualiser à l'extrême. Jésus ne peut pas faire sortir les gens des prisons, ni guérir les malades, et encore moins rendre la vue aux aveugles. Pas vraiment en tout cas. C'est vrai, Jésus l'a peut-être fait autrefois, mais cela n'est plus possible aujourd'hui. C'est une réalité intérieure, symbolique, qui nous est décrite ici par Jésus, et seulement ça.

Ou bien nous pouvons choisir le chemin de Massada : oui, c'est vrai que Jésus annonce une bonne nouvelle pour les pauvres, les prisonniers, les aveugles. Donc la priorité c'est de s'engager concrètement dans le monde, politiquement, humanitairement, parce qu'il n'y a que cette voie pour accomplir la parole de Jésus. C'est à nous de le faire. Ici, peu importe finalement de prier ou de chercher le royaume, ce qui compte c'est la responsabilité de chacun.

Aujourd'hui, je vous invite, ni à Qumran, ni à Massada, mais à Nazareth, dans la synagogue où Jésus prononce le sermon le plus court de toute l'histoire chrétienne (pas comme le mien aujourd'hui) !
" Aujourd'hui, c'est accompli pour vous. "

C'est tout !

Aujourd'hui, pas demain, ni hier. Pour vous, pas pour votre voisin, ou pour d'autres autrefois, non, pour vous ! Pour nous !

Si aujourd'hui nous nous sentons pauvres à l'intérieur de nous même, ou si nous manquons du nécessaire pour vivre dignement, Jésus nous apporte la Bonne Nouvelle. Il est cette Bonne Nouvelle.
Si aujourd'hui nous nous sentons enchaînés, si nous vivons des esclavages intérieurs avouables ou inavouables, la Bonne Nouvelle c'est que Dieu veut notre libération. Si nous sommes aveugles, ou malades ou affaiblis, Jésus nous annonce la guérison du cœur et peut être aussi du corps.
Dans la synagogue de Nazareth ce jour-là, c'est d'abord pour nous, frères et sœurs, que Jésus a relu la parole d'Esaïe. Et c'est pour nous qu'il veut accomplir l'Ecriture. Pas en spiritualisant à l'extrême, ni en matérialisant à l'extrême, mais par la réconciliation des différentes dimensions de notre personne, de notre être. En nous redonnant la force d'être un.
En cette semaine de prière pour l'unité des chrétiens, nous relisons souvent la célèbre prière de Jésus pour ses disciples dans l'évangile de Jean (Chapitre 17) : " Je te prie pour qu'ils soient un comme toi et moi nous sommes un ", demande Jésus. Pas simplement unis les uns aux autres, mais aussi unifié en eux-même, réconcilié.
Dans toutes les dimensions de notre personne, notre cœur, notre ame, notre personnalité, nos relations, nos désirs, nos corps, comment pourrait-il s'en trouver une qui soit indifférente à Dieu ?

Comment pourrait-il mépriser un aspect de notre vie, ou se désintéresser de nous ? Lui qui a tout donné, tout risqué pour vivre comme nous.
Comment pourrait il faire un choix dans nos vies entre ce qui est digne d'intérêt de sa part, et ce qui serait méprisable ou secondaire ?

Tout en nous lui importe, tout l'intéresse.
" Cherchez votre force dans l'union avec le Seigneur et dans sa grande puissance…" dit Paul. (Ephésiens 6.10)
Cette puissance c'est celle de l'Esprit qui vient habiter Jésus, la moindre de ses paroles et le moindre de ses gestes.
Ayant reçu cette puissance en nous par la parole qui s'accomplit, il nous appartient alors de la partager. Il nous appartient de partager cette grâce que Dieu nous donne. Oui, c'est vrai, alors nous sommes envoyés dans le monde pour en vivre et en témoigner.

Aujourd'hui, Qumran et Massada sont des lieux historiques, touristiques et célèbres. Mais ce sont des lieux morts. Plus personne n'y vit.
Le chemin de Jésus est la Vie.

Ecoutez encore ce que Jésus demande à son Père pour nous :
"Je ne te prie pas de les enlever du monde, mais de les garder du malin. Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde.
Rends les saints par la vérité, ta parole est la vérité. Comme tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde." (Jean 17, 15-18)

Aujourd'hui cette parole est accomplie pour vous qui l'entendez.

Amen.

Retour liste