PREDICATION Pasteur Caroline Schrumpf
Dimanche 1er février 2004
"N'est-il pas le fils de Joseph ?"
Luc 4, 14-30

(Lire d'abord Luc 4, 14-22a)

Frères et sœurs,
Ce matin, nous retrouvons Jésus dans la ville de son enfance, dans la synagogue de son enfance à Nazareth, au milieu des personnes de son enfance, ses amis, ses voisins, ses camarades de jeu, sa parenté.
Dans ce début du récit tout va bien, tout va pour le mieux. Jésus se lève pour lire, il se rassoit et commente le passage d'Esaïe qu'il vient de lire. Et tout semble s'annoncer plutôt bien. Les gens qui sont là dans la synagogue ont l'air d'être éblouis, émerveillés par ce qu'ils viennent d'entendre. Etonnés par les paroles de grâce que Jésus vient de reprendre à son compte.

(Lire Luc 4, 22 à 30)
Patatras ! Tout s'écroule ! Cette histoire qui avait si bien commencé à Nazareth, voila qu'elle se termine en tragédie.
Ils avaient bien commencé, les habitants de Nazareth et voila qu'une toute petite phrase les entraîne de l'étonnement vers l'incrédulité et de l'émerveillement à la fureur.
Il faut dire aussi, à décharge, que Jésus n'y va pas avec le dos de la cuillère ! Il les met tous ces habitants de Nazareth qui le connaissent si bien et depuis si longtemps, il les met devant leur réalité, devant leur vérité.
" Nul n'est prophète en son pays. "
Jésus met le doigt là où ça fait mal, et ça, ils ne peuvent pas le supporter!

Ce passage de l'Evangile est une page difficile, où Jésus semble plein de jugement et de dureté pour les "Nazarethois". Dans tout cela, où est la Bonne Nouvelle ?

Je crois qu'à travers ce récit, Jésus nous dit des choses très importantes, et qu'il nous explique que dans certaines conditions, dans certaines situations, sa parole et sa présence sont inefficaces. Et c'est dur à entendre. Nous voudrions que sa présence soit plus forte que tout… et elle l'est, mais en même temps, Jésus ne peut forcer la porte de personne!
Et d'ailleurs, si vous lisez ce même passage dans l'Evangile de Marc, vous verrez que Marc rajoute que Jésus ne peut faire là aucun miracle, à cause de l'incrédulité et de l'esprit fermé des gens de Nazareth.

Aujourd'hui dans notre société, de très nombreuses personnes ont entendu parler de Jésus, une bonne partie de la population se range dans la catégorie "chrétiens", et pourtant, peu nombreux son ceux pour qui Jésus est une puissance qui transforme leur vie. Et l'évangile nous dit ce matin que ce phénomène ne date pas d'hier.
Déjà les voisins de Jésus, sa famille, les habitants de Nazareth étaient un peu comme ça. Ils le connaissaient personnellement, mais ça ne devait rien changer dans leur vie, ils ne voulaient pas voir, ils ne voulaient pas que ça risque de modifier quoique ce soit.

Pour eux, il était et il resterait toujours le "fils de Joseph".

Mais il ne suffit pas de constater que cela était vrai à Nazareth ou que cela est encore vrai aujourd'hui dans notre pays, ou que notre voisin est comme ça…
Nous avons tellement de facilité à faire de la parole de Jésus une parole de jugement sur les autres, au lieu d'en faire une parole de vérité et de vie pour nous ! Attention à ne pas en faire un couperet intraitable, au lieu de laisser cette parole nous dire une Bonne Nouvelle, une parole de grâce!

En fait, ce qui se passe ce jour là à Nazareth se passe aussi plus ou moins en chacun d'entre nous. Nous voulons bien écouter les paroles de Jésus, et puis à certains moments, en certaines circonstances nous disons "STOP". Dans nos vies aussi, il y a des moments où la parole de Jésus est en échec, inefficace et bloquée. Quelque chose vient faire obstacle à la puissance, à la présence, à la transformation que le Christ veut pour ma vie, pour notre vie.

Jésus dit : "Nul n'est prophète en son pays, dans sa ville. "

Qu'est ce que Jésus veut nous dire ?
Je crois qu'il veut dire que nous sommes en danger quand Jésus nous est devenu trop familier, quand on a l'impression de le connaître par cœur, quand on sait d'avance ce qu'il va dire, quand il fait partie des meubles, quand il ne nous dérange plus par son étrangeté.

Ce risque devient important surtout si nous avons connu Jésus il y a longtemps, dans notre enfance, surtout si nous avons le sentiment que nous l'avons toujours connu, que nous ne nous souvenons même plus quand nous l'avons rencontré, ni ce que nous étions avant de l'avoir rencontré… Quand nous oublions pourquoi et comment ses paroles nous ont touchés, bouleversés.

Quelque chose en lui doit nous rester étranger, bizarre, énigmatique. Parce qu'alors il y a de la place pour le changement, pour avancer. Si tout est figé, bétonné, solidifié, alors il n'y a plus de place pour la vie, pour le mouvement.
La parole, la présence de Jésus restent surprenantes parce qu'elles nous apportent toujours un point de vue nouveau.

Cette parole de Jésus est une parole qui apporte la vie, qui fait passer de la mort à la vie. Souvenez vous… Une parole qui dit "lève-toi" à celui qui est immobile, paralysé sur son lit, qui dit "ouvre-toi" au muet qui se met à parler, qui dit "va et ne pèche plus " à celle qui allait subir la mort à cause de sa faute.

Une autre manière de comprendre la mise en garde de Jésus c'est de regarder ce que font les habitants de Nazareth lorsqu'ils sont mis devant la parole de Jésus.
Et nous, que faisons-nous lorsque nous sommes devant sa parole ?

Les habitants de Nazareth choisissent de résister dès que Jésus devient plus "personnel", plus direct. Ils rationalisent !
Tout ça c'est très beau… mais n'est-il pas le fils de Joseph ?

Après avoir entendu Jésus lire les paroles d'Esaïe, après l'avoir entendu dire que ces paroles sont accomplies devant eux, c'est leur logique qui reprend le dessus.
Ils réagissent en choisissant la logique pour échapper à la radicalité de la parole de Jésus.
Bien souvent, nous aussi, ne sommes-nous pas en danger de rationaliser pour mettre la parole de Dieu à nos proportions, à notre mesure, à nos dimensions, à notre convenance, pour échapper à la clarté trop grande de cette parole qui vient dévoiler notre vérité, nos incapacités, nos difficultés, nos lâchetés et nos mensonges et tous nos arrangements petits et grands avec la vérité du projet de Dieu…

Telle personne qui choisit de tromper son conjoint parce que ce conjoint ne le satisfait plus, et que Dieu veut notre bonheur, n'est-ce pas ?
Telle autre qui choisit de dissimuler argent, ou sentiment, ou tout autre chose, en trouvant toujours une bonne raison, rationnelle, logique, imparable.


Nous avons une grande capacité à rationaliser à rétrécir la Parole pour qu'elle nous convienne, que nous gardions tout le contrôle sur nos vies et nous mêmes et que la Parole ne nous dérange pas trop dans nos petits trafics de tous les jours.

Rappelez-vous : La veuve de Sarepta chez qui Elie se réfugie, et Naaman, le général syrien reçoivent la parole de Dieu à travers les mots des prophètes Elie et Elisée. Non pas sans difficultés, ni sans le laborieux cheminement de la parole dans leur humanité, mais dans la vérité, et sans faux-semblant.

Quels sont les faux-semblants, les arrangements avec la vérité, et les tentatives de rationalisation que nous mettons en œuvre pour éviter d'être confrontés, pour éviter d'être touchés, et transformés par la Parole?

Les habitants de Nazareth se drapent dans la certitude de leur vertu et de leur propre justice, dans leur bonne foi, et leur orgueil lorsque Jésus cite les exemples des étrangers qui reçoivent Elie et Elisée.
Nous aussi, ne sommes-nous pas un peu comme les habitants de Nazareth lorsque nous nous drapons dans notre "fierté huguenote" par exemple, et que notre héritage devient notre seule identité. Je dis "huguenote", mais je pourrais dire aussi "catholique" ou "baptiste", ou "adventiste" ou "pentecôtiste"… à chaque fois que notre étiquette remplace notre vérité humaine et nous évite de vivre une vraie rencontre avec Jésus. Nul de nous n'est à l'abri…

Nous sommes en danger lorsque nous posons tout cela comme limite à la Parole et à la puissance de Jésus. Jésus n'est pas le but du chemin, il est le chemin.
Il n'est pas possible de nous installer longtemps, ni à Nazareth, ni à Poissy, ni ailleurs… sa parole nous entraine toujours plus loin en avant.

Pour terminer, je voudrais reprendre cette image que j'utilisais en ouverture du culte, cette expression étrange vous a peut-être dérangés, ou troublés.
Il nous tomber, ou retomber amoureux de Dieu. Pas par sentimentalisme facile, ou par mysticisme un peu douteux, mais parce que c'est cela qui s'approche le plus il me semble de ce que Jésus attend de nous, de la relation qu'il cherche avec nous. Avec de la surprise, de l'étonnement, un inattendu de l'autre qui nous émerveille et nous dynamise.

Ce matin, que la parole du Christ nous surprenne, nous bouscule, nous étonne et nous entraîne dans une relation nouvelle. Que Dieu fasse retentir dans nos vies sa parole, Bonne nouvelle à nos oreilles, et qu'il nous fasse passer de la mort à la vie. Avec lui.


Amen

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PREDICATION Pasteur Caroline Schrumpf
Dimanche 21 mars 2004
"Besoin de Dieu pour être béni..."
Genèse 32, 22 à 33,

Sur une idée de K. Engelmann

Frères et sœurs,

Il y a les jours qui se déroulent bien, sans problème et sans accroc particulier.
Et puis il y a les autres…
Vous savez, ces jours où on a l'impression que quelque chose s'est détraqué, que rien ne va comme ça devrait, et la vie devient une succession de catastrophes à plus ou moins grande échelle.

Imaginez une de ces journées où tout va de travers.
Déjà le réveil oublie de sonner… forcément, puisque la veille vous l'avez réglé un peu vite en oubliant qu'il fonctionnait sur 24h et non sur 12h… Il sonnera donc, mais à 7h du soir au lieu de 7h du matin.
Tant bien que mal, à 7h35, vous commencez à ouvrir un œil, et là, tout à coup, la réalité se rappelle à vous : le RER est à 7h53, ça va être dur !

Arrivé dans la cuisine, vous vous précipitez sur la cafetière, et là tout est prêt : l'eau dans le réservoir, le café dans le filtre… et justement c'est ce jour là que le filtre vous joue le mauvais tour de se replier sur lui même, et comme dans la précipitation vous avez remis la cafetière un peu trop vite en place, elle ne s'est pas placée correctement, et quand vous revenez dans la cuisine après une douche qui tenait plus du rinçage express que d'autre chose, vous découvrez qu'elle s'est transformée en marécage odorant… le café n'est pas dans la cafetière, mais sur le sol de la cuisine.
Pas de café, vous en prendrez un au bureau !


Arrivé à la gare, voila que le train est pour une fois à l'heure, et au moment ou vous mettez le pied sur le quai, il s'éloigne devant vous. Le suivant, évidemment c'est l'omnibus, et voila qu'au bout de 15 minutes, il s'arrête au milieu de nulle part, et le haut-parleur annonce qu'il y a un colis suspect à la gare suivante.
Quand vous arrivez au bureau, c'est pour découvrir que la personne du service qui vous est le moins sympathique vient d'obtenir la promotion et le poste que vous espériez depuis des mois…

Après une journée comme ça, même si elle prend une autre forme, il est vraiment bon de trouver une parole et un geste d'amitié, de tendresse, un conjoint, un ami, un proche, un confident.
Après une journée comme celle là, un simple sourire, un simple "bonjour, comment vas-tu ?" ou un simple "je t'aime" prend tout son sens.

Et maintenant, supposions que nous nous traversions notre vie, même si elle n'est pas tous les jours aussi dramatique que cela, avec au fond du cœur ce besoin de voir se poser sur nous un regard d'amitié, un sourire, d'entendre une parole de bienveillance et de tendresse, sans jamais les recevoir.

Imaginions que nous traversions la vie avec ce désir creusé en nous de savoir que nous comptons pour quelqu'un, que nous avons de la valeur pour quelqu'un et que cela n'arrive jamais.

C'est l'expérience que fait Jacob.
Il avait un besoin profond en lui et même s'il est devenu une homme riche au moment où nous le rencontrons ce matin, un homme comblé par une grande famille, 4 femmes (nous sommes à une époque reculée où ma polygamie existe même dans la Bible - près de 1000 ans avant la naissance de Jésus) et 11 enfants, et de vastes troupeaux, la Bible nous fait comprendre qu'il y avait un vide immense dans le cœur de Jacob. Un vide que rien n'avait pu combler, parce que rien ne pouvait répondre à cette attente, ni la réussite familiale, ni le succès, ni la richesse. Et pourtant, c'était quelque chose que Jacob désirait plus que tout.

Durant la nuit, près du gué de Yabboq, de retour vers son pays après 20 années passées loin de chez lui, Jacob est en lutte contre et avec Dieu, mystérieusement. Au petit matin, nous découvrons ce que Jacob a tant désiré, durant toute sa vie.
"Je ne te laisserai pas partir si tu ne me bénis pas"…

Jacob veut être béni. Il veut recevoir la bénédiction qu'il a recherchée toute sa vie durant. Mais qui était Jacob ?
Petit fils d'Abraham, fils d'Isaac, Jacob avait un frère jumeau, prénommé Esaü.
Esaü était considéré comme l'aîné et il était aussi le préféré de son père Isaac.
Quant à Jacob, il était plus proche de sa mère Rebecca.
Mais dès son jeune age, Jacob désire attirer l'attention et l'affection de son père.


Voila qu'un jour il décide de mettre en scène toute une supercherie pour recevoir de son père Isaac la bénédiction qui revenait au fils aîné de la maison - et donc à Esaü.
Jacob se déguise pour se faire passer pour son frère, et son père, déjà âgé et aveugle, se laisse prendre et lui donne la bénédiction du fils aîné.
Jacob reçoit donc une bénédiction qui ne lui était pas destinée, à travers une mystification d'identité. Il tente ainsi de forcer le destin, et par la même la main de son père. Bien sur, il est découvert, mais son père ne peut reprendre la bénédiction donnée. Jacob est donc obligé de fuir devant la colère de son frère abusé. Après cette confrontation avec son père et son frère, Jacob s'installe chez son oncle Laban. A nouveau, il va essayer de forcer la main de son oncle et va recevoir les deux filles de Laban en mariage, puis des troupeaux et des richesses.
Mais au bout du compte, même si Jacob parait comblé familialement et matériellement, il ressent ce vide, ce manque, ce besoin d'être béni pour lui même, et non en lieu et place d'un autre.
A chaque étape de sa vie, il a du affronter des relations conflictuelles, qu'il a en grande partie suscitées par ses choix d'ailleurs, avec son frère, avec son père, avec son oncle. A chaque fois, il essaye de s'en sortir par une ruse, un mensonge, une tromperie (Jacob - le dupeur), à chaque fois, il tente d'arracher la bénédiction par la force ou par la ruse. A chaque fois, il prend conscience que ce qu'il a obtenu par la ruse ne comble pas son désir.

Mais qu'est-ce que cette bénédiction dont Jacob ressent tant le besoin ?

Qu'est ce que cette bénédiction qui vient d'Abraham et qui se transmet de génération en génération dans les familles juives, jusqu'à aujourd'hui ?

Cette bénédiction est très importante, elle est sacrée, elle est donnée par le père de la part de Dieu au fils aîné. Elle est inaltérable. Elle contient 5 éléments qui peuvent nous éclairer nous aussi aujourd'hui, en particulier nous qui sommes parents, nous qui avons des enfants, non par le sang mais par le cœur ou la foi, nous qui avons des filleuls, des neveux, des petits-enfants, des personnes dont nous prenons soin.

A nous aussi, il incombe de transmettre, de donner cette bénédiction de la part de Dieu. Parce que cette bénédiction est une promesse de Dieu donnée à Abraham pour tous les hommes.

5 éléments qui la constituent :

1. une parole d'affirmation, d'amour, de reconnaissance. Il est important d'aimer nos enfants, nos proches, et de le leur dire ! Il est essentiel de leur donner tout le nécessaire pour vivre, pour grandir, de leur assurer le bien être, mais aussi de donner de l'amour en parole et en actes. La bénédiction est une parole d'amour qui permet à l'autre d'advenir à l'existence.
2. un geste qui accompagne la parole. Dans la Bible, c'est souvent l'imposition des mains sur la tête.
3. un regard qui se pose sur la personne qui reçoit la bénédiction et qui reconnaît en elle une personne unique et précieuse, une créature merveilleuse comme le chante le Psaume 139.
4. la bénédiction trace un avenir et une espérance pour la personne qui la reçoit. C'est tout le contraire de "tu n'y arriveras jamais…" ou de "mais qu'est-ce qu'on va faire de toi…"
5. la bénédiction engage celui qui la prononce à contribuer à sa réalisation, à ne pas l'entraver mais à la favoriser.

Si on regarde le ministère de Jésus, on peut facilement retrouver ces 5 éléments : une parole d'affirmation ou de guérison, un geste qui l'accompagne (main tendue, toucher…), un regard posé sur l'autre qui reconnaît la valeur et la richesse de la personne et sa foi, qui voit au delà des apparences, au-delà de la réputation, de la fonction ou de la place dans la société, et une parole d'envoi qui ouvre un avenir inespéré, inattendu : "Je ferai de vous des pêcheurs d'hommes…", "lève-toi, prends ton lit et rentre chez toi…", "va et ne pèche plus…"
Et toute la vie de Jésus jusque dans la mort a été son engagement envers toute l'humanité à ne pas nous abandonner, jamais.

* * * *

Ce matin là, au gué du Yabboq, Dieu va bénir Jacob.
Et Dieu fait deux autres choses :

· Avant de bénir Jacob, il lui déboîte la hanche.
Drôle de manière de montrer la bénédiction ! Jacob sera béni et il boitera. A jamais il portera dans son corps la marque de cette rencontre avec Dieu. Lorsqu'on rencontre Dieu, on n'en ressort as indemne. Cette rencontre est toujours transformatrice.
Et pour Jacob, c'est sans doute aussi le rappel que cette bénédiction de Dieu est reçue dans l'aveu et la reconnaissance de sa propre faiblesse et non dans l'illusion de la toute puissance. Jacob "boitait" dans sa personne et dans sa vie, ne trouvant de satisfaction ni dans les bénédictions usurpées, ni dans les richesses et la réussite. Sa vie était bancale, déséquilibrée, même si en apparence tout semblait réussi. Lui savait le manque, le désir de son cœur jamais comblé. Après sa rencontre et cette lutte mystérieuse avec Dieu, Jacob boite physiquement, il ne peut plus marcher aussi vite, mais son cœur intérieur est redressé, rééquilibré, réconcilié par la bénédiction qu'il a reçue, la sienne.

Peut être qu'aujourd'hui, nous aussi nous avons le sentiment de boiter dans notre vie, de vivre une vie bancale, et déséquilibrée, peut être est-ce invisible aux yeux de ceux qui nous entourent… mais nous, nous le savons. Si nous boitons, c'est peut être un espace que Dieu ouvre dans notre vie pour nous inviter à reconnaître notre besoin de lui, de sa bénédiction.

· 2e chose que Dieu fait : il donne à Jacob un nouveau nom.
Jacob sera désormais Israël, celui qui a lutté avec et contre Dieu. Cette fois, pas de mystification d'identité mais une identité nouvelle qui révèle la personnalité profonde de Jacob.

Aujourd'hui, je voudrais terminer par des éléments très pratiques.

Peut être qu'en écoutant l'histoire de Jacob ce matin, vous avez pris conscience de ce besoin, de cette soif de bénédiction qui est en vous, vous n'avez pas été béni étant enfant, vous n'avez pas été valorisé pour vous-même, et reconnu et apprécié dans votre identité. Ce matin, je voudrais vous donner la possibilité de demander à Dieu sa bénédiction sur votre vie, sur vous, une bénédiction toute personnelle.

Si vous boitez, si comme Jacob vous avez le sentiment d'avoir gagné votre place au soleil par la ruse, par la tromperie, la combine, la dissimulation et la mystification, si vous avez mystifié les vôtres, vos proches, vos collègues, vos amis, en essayant d'être une personne différente que ce que vous êtes, ce matin la bénédiction de Dieu est pour vous. Elle est donnée, elle ne se mérite pas. Aucun de nous ne la mérite, pas plus Jacob que vous ou moi. Pourtant Dieu ce matin nous invite à la recevoir, comme un cadeau, comme une grâce, comme une surprise un peu mystérieuse.

Enfin, si vous voulez donner la bénédiction de Dieu autour de vous, si vous voulez la transmettre à d'autres, à vos enfants, petits-enfants… il vous faut la recevoir d'abord. On ne peut pas donner quelque chose que l'on a pas d'abord reçu. Comme nous ne pouvons pas aimer si nous n'avons pas d'abord été aimés.

Cette bénédiction que Jacob a reçue a ouvert devant lui quelque chose de nouveau. Lui qui vivant dans la crainte de l'autre et le désir de la toute puissance, lui qui avait de la vie une vision perpétuellement conflictuelle (avec son frère, son père, son oncle…) voila que la bénédiction et la rencontre avec Dieu ouvrent la possibilité de la réconciliation avec son frère Esaü.

Peut être qu'en écoutant l'histoire de Jacob ce matin, vous avez réalisé que vous n'aviez hjamais fait le pas de recevoir la bénédiction de Dieu, la plus forte bénédiction qui existe, la vie nouvelle et le pardon de Dieu en Christ. C'est peut être le moment ce matin pour vous de la recevoir.

Pour toutes ces raisons, aujourd'hui la fin de ce culte sera un peu différente de ce que nous faisons d'habitude. A la fin du culte, nous aurons un temps de silence et de musique où tous ceux qui désirent cette bénédiction pourront rester un moment. Quatre personnes seront là disponibles pour prier pour vous et avec vous pour cette bénédiction, très simplement, sans chichi.
Ce n'est pas un mouvement habituel, ce n'est pas facile de reconnaître que l'on a besoin de Dieu, que sans lui notre vie est bancale, ce n'est pas facile, je le sais.

Mais je vous encourage à saisir cette occasion, cette invitation à rencontrer à nouveau ou peut être pour la première fois
le Dieu de la bénédiction, le Dieu d'Abraham, Isaac et Jacob,
le Dieu d'Israël, le Dieu de Jésus Christ.
Un Dieu qui nous parle et s'approche de nous, qui nous prend dans ses bras et pose sa main sur notre tete, qui nous voit comme des êtres précieux, qui ouvre un avenir et une espérance devant nous, qui nous promet sa présence à chaque pas.
Que Dieu vous bénisse.

AMEN.

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PREDICATION du Pasteur Caroline Schrumpf
Dimanche 28 mars 2004
"Besoin de Dieu pour être pardonné..."
Jean 8, 1-12 - Luc 15, 11-32

Frères et sœurs,

Une petite expérience pour commencer…
Je vous demande de retenir votre respiration le plus longtemps possible.
1-2-3 : c'est parti ! (…)
Quelle sensation avons-nous ressenti quand nous avons commencé à manquer d'air ? (…)
Et qu'avons-nous ressenti lorsque nous avons pu respirer de nouveau ? (…)

Nous avons besoin d'air pour respirer, pour vivre.
Nous ne pouvons pas vivre sans air.
Nous ne pouvons pas vivre sans pardon.
Notre corps peut survivre, nous pouvons faire "comme si", faire les gestes de la vie, comme si nous vivions en "play back", mais sans pardon, notre être intérieur de dessèche, se ratatine.
Le besoin de pardon est un besoin vital, et c'est notre thème aujourd'hui.
Les deux récits que nous avons lu en témoignent : le récit de la rencontre entre Jésus et la femme surprise en adultère et puis cette parabole, cette histoire que Jésus raconte qu'on appelle traditionnellement "le Fils prodigue" et que je préfère appeler "le père et ses deux fils". Ce matin, ces deux récits vont nous accompagner.

Tous les personnages de nos deux histoires ont besoin du pardon, un besoin vital, un besoin qui est question de vie ou de mort.

Dans la parabole :
Le fils le plus jeune part loin de son père, il choisit de vivre comme s'il n'y avait plus de père. Une fois qu'il a tout dépensé il prend conscience de son manque, il s'est coupé de son père, de la source de la vie. Tout à coup, il n'a plus rien, il meurt de faim. Il meurt de faim physiquement et relationnellement, il a faim dans son corps et dans son âme aussi. Il réalise qu'il est en train de mourir, que sa vie se ratatine sur elle même. Alors, il choisit de prendre le chemin du retour.

La femme adultère et ses accusateurs :
Si elle n'avait pas rencontré Jésus, elle serait tombée sous les pierres de ses accusateurs, qui nous sont décrits comme les scribes et les pharisiens, ceux qui connaissent la loi, ceux qui sont les détenteurs de la Parole de Dieu. Et personne n'aurait jamais entendu parler de son histoire. Elle serait morte sous la condamnation sans appel, sans pardon.
Les scribes et les pharisiens, eux aussi, par les paroles de Jésus, sont mis devant leur vérité et leur besoin d'être pardonné. "Que celui qui n'a pas péché jette la première pierre…"

Et dans la parabole, le fils aîné, qui a toujours fait tout ce qu'il pensait être son devoir de fils, lui aussi est placé devant cette réalité : vivre par devoir et seulement par devoir, vivre dans une relation de totale servilité, vivre sans vie à lui et uniquement dans l'ombre de son père, vivre collé aux basques du père, cela n'est pas la vie véritable que le père veut pour ses enfants. Le fils cadet a oublié son père, et lui le fils aîné s'est oublié lui-même. Il n'est pas plus dans la vie que son frère, il a aussi besoin du pardon pour retrouver le chemin vers lui même.

Nous ne pouvons pas vivre sans pardon, ce serait comme vivre sans respirer. Ce serait l'asphyxie.

· Pourquoi avons-nous besoin du pardon de Dieu ?

Parce que le pardon est le seul moyen de rompre la spirale qui nous entraîne et nous enchaîne pour toujours à nos mauvais choix, à nos mauvaises orientations de vie, à nous erreurs d'aiguillage. Cette spirale de malédiction qui nous enferme dans une toile d'araignée.

Dans le 3e tome du Seigneur des Anneaux, les deux petits héros hobbits, Frodon et Sam, qui ont mission de se débarrasser de l'anneau maléfique qui plonge le monde dans les ténèbres du mal, rencontrent un monstre nommé Arachné : une araignée géante qui défend l'entrée du pays de Mordor, là précisément où ils doivent se rendre pour détruire l'anneau dans le feu de la Montagne du Destin. Et Frodon se trouve pris dans la toile monstrueuse, qui est enduite d'une sorte de glue visqueuse. Et plus il se débat, plus il s'enferre, plus il s'englue dans la toile. Il faut l'intervention de son ami Sam armé de son épée "Dard" qui seule peut trancher les liens de la toile.
Ainsi en est-il du pardon de Dieu. Plus nous nous débattons nous même, plus nous nous enferrons dans nos erreurs et nos malédictions. Seul le pardon peut trancher les liens qui nous empêchent de vivre et d'avancer.
Le pardon est le seul moyen de retrouver ou de trouver la vraie liberté, comme le fils cadet qui croit qu'il va être libre loin du Père, et qui finalement ne trouve que l'impureté, la famine, la misère et la solitude. Le pardon de Dieu est la seule arme efficace contre le désespoir et la malédiction de la culpabilité qui nous enfoncent toujours plus loin dans le remord et la mort.
Nous avons besoin du pardon, c'est la seule issue possible, et Dieu seul peut pardonner vraiment. Le pardon de Dieu peut changer le cours des choses, il est la possibilité de changer le mal en bien, il est "la réponse de Dieu au mal du monde" (Simone Pacot).

· De quoi avons-nous besoin d'être pardonné ?

D'après les deux passages de l'Evangile de ce matin, il y a deux orientations fondamentales qui font dévier l'être humain :

- vouloir vivre sans loi, auto-nome (du grec auto- soi même et nomos, la loi).
"Il est interdit d'interdire", "ni Dieu ni maître…"
Cette orientation de vie, c'est la recherche de la toute puissance, hors de toute loi fixée par d'autres. "Je suis ma propre loi".
Le fils cadet part loin de la présence de son père, de ce qui représente la loi - non pas une loi qui enferme mais la loi de la vie. Il transgresse tout ce qu'il peut transgresser dans une sorte d'ivresse irrépréhensible. Il désorganise totalement sa vie, il se plonge dans le désordre le plus total.
La femme adultère, elle aussi, a transgressé. Mais plus que la morale, elle a rompu la promesse, elle a transgressé sa parole donnée, elle a rompu son engagement à la fidélité dans son mariage.
Elle s'est mélangée à un autre homme que son mari, elle a plongé dans la confusion des rôles en choisissant d'être la femme de deux hommes en même temps. Elle a foulé au sol sa promesse. Elle a nié la loi de la parole donnée qu'on ne reprend pas.

- L'autre orientation de vie, c'est celle des scribes et des pharisiens qui encerclent la femme pour l'accuser, la juger, la condamner et l'exécuter. C'est aussi celle du fils aîné, qui entre dans une rage folle lorsqu'il entend que son frère est revenu et que son père l'accueille avec une joyeuse fête.
Cette 2e orientation c'est celle qui nous amène à nous considérer comme les détenteurs et les prescripteurs de la Loi.
La loi c'est moi, c'est nous disent les scribes et les pharisiens, et nous avons de bonnes raisons de vouloir lapider cette femme qui a enfreint sa parole.
La loi, c'est moi, dit le fils aîné, et j'ai de bonnes raisons de vouloir refuser d'accueillir ce frère qui a choisi un mauvais chemin.

Toute puissance de vouloir vivre sans loi, dans la transgression, ou toute puissance de croire que nous sommes la loi : ni l'une ni l'autre, nous dit Jésus.
La seule loi de Dieu désormais, la plus fondamentale loi de la vie, c'est la loi de l'amour et du pardon. Non pas la grâce à bon marché, qui fermerait les yeux et excuserait tout d'un coup de baguette magique, mais la grâce qui accueille et reconnaît les erreurs, mais qui redresse et envoie vers une vie nouvelle : va et ne pèche plus, ne recommence plus, ne choisis plus cette mauvaise orientation.

· Comment recevoir et accueillir le pardon de Dieu ?

De nos récits, je retiens deux itinéraires possibles. Il y en a peut être d'autres…

Dans la parabole :
Le fils cadet fait un retour sur lui-même, il prend le temps du silence pour se remettre à l'écoute de son cœur profond, de son âme, pour écouter ce que son cœur lui dit de sa situation, de son état, de sa faim et de sa misère. C'est un chemin qui le conduit à retrouver la part de vérité sur lui même qu'il avait occultée, niée et oubliée. Il a un père, il a une famille et une maison, il a une origine, un attachement, un enracinement quelque part. Il y a un retour possible.

Mais il reconnaît aussi la gravité de la transgression qu'il a commise : il n'espère pas retrouver sa position de fils mais seulement celle de serviteur, d'employé. Lui qui a enlevé à son père sa dignité de père en partant au loin, comme si le père était mort, il reconnaît soudain son in-dignité en tant que fils. C'est une prise de conscience douloureuse et fondamentale qui s'opère en lui. En même temps, il retrouve le souvenir de la bonté et de la justice de son père, et c'est ce qui le met en route pour le retour vers la maison du père.

La 3e étape est celle de l'accueil du père, qui attend et guette. Comme s'il avait passé tout son temps à attendre et à guetter le retour de son enfant. Le père l'embrasse, le pardon est donné, sans condition, dans la joie.

Dans la rencontre de Jésus avec la femme adultère, on peut discerner aussi trois étapes, mais un peu différentes - ce qui veut dire que nos chemins vers le pardon de Dieu sont tous différents ! - :

Il y a le temps du silence. La femme reste silencieuse devant ses accusateurs, comme s'il n'y avait rien à dire. Elle a été surprise en flagrant délit, elle ne peut rien pour se défendre contre le jugement impitoyable de ceux qui l'accusent. Elle se sait coupable. Elle n'a rien à dire.
Jésus aussi reste silencieux, il écrit sur le sol par deux fois, donnant à chacun le temps de la prise de conscience, de la méditation, le temps pour chacun de réfléchir à sa situation, de laisser la parole faire son chemin.

Et puis il y a justement la parole de Jésus, qui s'adresse tour à tour aux accusateurs et à la femme. Une parole qui est vérité et ouverture vers une résurrection, vers une nouvelle vision d'eux-mêmes, pour les scribes comme pour la femme.

Enfin, la parole envoie vers une vie nouvelle ! Va et ne pèche plus !

Pour rassembler les éléments qui nous sont donnés à travers ces deux histoires, on peut retenir ceci :

- Le besoin de prendre le temps de nous retrouver, de nous reconnecter à nous même, sans nous perdre en introspection.

- Le besoin de reconnaître la transgression que nous avons commise et la mauvaise orientation de vie que nous avons choisie, soit dans notre désir d'être tout puissant sans Dieu, ou d'être Dieu nous même.

- Le besoin de nous laisser accueillir par Dieu, même si nous sommes conscients de notre indignité : le père court vers son fils et le prend dans ses bras, Jésus rejoint la femme à terre au centre du cercle de ses accusateurs, il s'abaisse et reste à ses cotés jusqu'à ce qu'ils soient tous partis.

- Le besoin de nous saisir de ce pardon totalement immérité, infiniment surprenant et presque scandaleux ! "Moi non plus, je ne te condamne pas, dit Jésus. Je te sauve."

- Le besoin d'entendre l'appel à repartir dans la vie comme des ressuscités : "va et vis autrement !"

* * * *

Fils aîné ou fils cadet, femme adultère, scribe ou pharisien,
Nous n'avons pas besoin de choisir, parce que nous endossons ces rôles tour à tour dans nos vies.
Ce matin, où sommes-nous ? Qui sommes-nous ?

Ce matin, la parole et le silence du Christ nous rejoignent pour nous laisser le temps de nous retrouver, pour nous inviter à retrouver ou à trouver dans nos vies le chemin du pardon de Dieu.

La mesure du pardon de Dieu, c'est de pardonner sans mesure.

Que ce pardon soit notre force et notre résurrection.

Amen.

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PREDICATION Pasteur Caroline Schrumpf
Dimanche 29 février 2004
"Besoin de Dieu pour résister au mal"
Luc 4, 1-11

Frères et sœurs,

Ce matin, nous commençons une nouvelle série de prédications qui va nous conduire durant tout le temps du Carême, jusqu'à Pâques, et qui va nous donner l'occasion de visiter un thème qui n'est pas très à la mode, mais pourtant essentiel : Notre besoin de Dieu.

Pourquoi avons-nous besoin de Dieu ? Avons-nous besoin de Dieu ?
Deux questions bien légitimes !
Moi, je dirai qu'il y a deux sortes de personnes dans l'humanité :
- Ceux qui ont besoin de Dieu et qui le savent…
- Et ceux qui ont besoin de Dieu et qui ne le savent pas encore !

"Oh, moi, je n'ai pas besoin de Dieu… "
C'est une phrase que l'on entend parfois, quand l'on essaye de partager ce qui nous anime, ce qui nous fait vivre, nous chrétiens. Sous entendu, c'est très bien pour toi, mais pour moi, c'est différent !
"Oh, moi, je n'ai pas besoin de Dieu… ", c'est comme si on disait : "moi je n'ai pas besoin d'ami, pas besoin des autres, je me suffis bien à moi-même."
Besoin de rien, et surtout de personne ! Surtout, ne pas dépendre d'un autre, être libre, croit-on souvent. Comme si on pouvait être libre, et vivre libre sans les autres.
Parfois, j'entends des personnes m'avouer : "C'est vrai, j'ai besoin d'aide, mais je ne connais pas Dieu, aidez-moi à le connaître…"
Nous avons besoin de Dieu et il nous a laissé cette liberté de ressentir ce besoin de lui, et cette liberté de le chercher.
Nous avons besoin de Dieu, et il désire notre amitié et notre compagnonnage.

Au cours des prochains dimanches, nous allons nous pencher ensemble sur 4 besoins profonds, essentiels, vitaux :
1. besoin de Dieu pour résister au mal
2. besoin de Dieu pour grandir et que nos vies portent du fruit
3. besoin de Dieu pour être béni
4. besoin de Dieu pour être pardonné.

Aujourd'hui, donc, nous plongeons avec Jésus dans une expérience douloureuse, et lumineuse : Nous avons besoin de Dieu pour résister au mal et tenir bon dans la tentation.

Avec ce récit de l'évangile de Luc, s'ouvre le temps du Carême. Nous sommes les témoins de cette rencontre intime et terrible entre Jésus et celui que la Bible appelle le diable, (du grec diabolos => le diviseur), le tentateur.
C'est une rencontre étonnante et dérangeante - étonnante parce que celui à qui Jésus est confronté semble être une personne, une personnification du Mal, le diable - et dérangeante, parce que "Jésus fut conduit par l'Esprit de Dieu au désert pour être tenté par le Diable", nous dit Luc. Pas de doute possible, il y a une intention de Dieu dans cette terrible rencontre.

En retraversant avec vous ce récit, je voudrais que nous réfléchissions un moment sur la tentation, nos tentations et notre besoin de Dieu pour affronter, pour résister, pour vaincre la tentation.

Trois questions très simples et très basiques pour nous guider :
1. Qu'est-ce que la tentation ?
2. Quel chemin choisir ?
3. Quelles sont les clés que Dieu nous donner pou résister ?

* * * * *

Qu'est ce que la tentation ?

Dans ce récit, Luc nous retrace l'expérience que Jésus a faite de la tentation. Dans le texte grec de l'évangile, c'est le même mot qui dit à la fois tentation et épreuve. C'est le même mot aussi que nous retrouvons quand Jésus apprend à prier à ses compagnons : "Ne nous soumets pas à la tentation / épreuve…"

Dans la Bible, tentation et épreuve sont la même réalité. Il n'y a pas de différence. La tentation est une épreuve, une mise à l'épreuve, un test. La tentation de Jésus survient tout de suite après son baptême dans le Jourdain par Jean Baptiste et la révélation que Jésus reçoit par la voix qui vient du ciel, et la colombe qui rend visible la présence de l'Esprit de Dieu qui le remplit.
La tentation survient tout de suite après la vocation !
Elle se manifeste par la rencontre avec le diable au désert au bout de ce temps de 40 jours de jeûne. Jésus eut faim !
Celui qui vient de recevoir cette parole qui le dit "Fils de Dieu" c'est le même homme qui ressent la faim, la fragilité et le besoin.

La tentation de Jésus se déroule en trois temps.
1er temps : la tentation de répondre immédiatement à son besoin de nourriture, tentation aussi de répondre aux besoins du monde par la toute puissance.

2e temps : la tentation d'accéder immédiatement au pouvoir sur le monde, sur tous les peuples de la terre, pour celui qui est le sauveur du monde.

3e temps : tentation de manifester sa puissance immédiatement au vu et au su de tous, pour celui qui est le témoin et le signe de la puissance de Dieu dans le monde.

Le diable ne présente à Jésus rien d'autre que les axes de sa mission : répondre aux besoins du monde, dévoiler la présence de Dieu dans le monde, manifester sa puissance.

En quoi est-ce une tentation pour Jésus ? Parce que le diable lui propose le chemin rapide et facile - le chemin qui fait l'économie de l'humanité, de la fragilité et de la vulnérabilité. Le diable lui propose la toute puissance qui écrase et s'impose par la force du miraculeux. Jésus choisit la toute puissance qui passe par l'amour, le don et le service. "Un roi couronné d'épines qui s'incline devant ses sujets…" chante un ancien cantique.

La tentation de Jésus c'est ce qui cherche à le détourner de son véritable chemin, à le diviser de sa mission profonde.

Et pour nous alors ?
La tentation c'est tout ce qui risque de nous faire sombrer dans la division, division de nous même, division entre les différentes dimensions de notre être. La tentation ouvre devant nous la porte de la rébellion fondamentale, la rébellion et le rejet de Dieu. La tentation peut sembler superficielle, accessoire, mais si nous y succombons elle sème en profondeur dans notre vie une division de notre volonté, un désir de devenir nous même par nous même, un désir de toute puissance, d'advenir à nous même sans Dieu; de refuser nos limites, de construire notre vie en solo.

La tentation est inévitable, elle est normale. Jésus l'a affronté, nous l'affrontons aussi. Etre tenté appartient à notre condition humaine. Etre tenté c'est différent de succomber. Etre tenté n'est pas une faiblesse spirituelle, encore moins une faute. La présence de la tentation dans notre vie n'est pas un défaut ou une anomalie de notre foi, qui serait trop faible ou insuffisante. Bien au contraire. C'est d'ailleurs au moment où Jésus vient juste de recevoir son appel en mission qu'il est entraîné au désert et doit affronter la tentation. C'est le signe que Dieu est à l'œuvre, que le Christ est en nous, qu'il nous prépare et nous modèle pour vaincre, pour faire jaillir en nous la joie.

C'est la façon dont nous réagissons devant la tentation qui importe.
L'apôtre Jacques décrit ça assez clairement : "En réalité, tout être humain est tenté quand il se laisse entraîner et prendre au piège par ses propres désirs; ensuite, tout mauvais désir conçoit et donne naissance au péché; et quand le péché est pleinement développé, il engendre la mort." (Jacques 1, 14-15)

La tentation n'est pas forcément le passage à l'acte.
Nos mauvais désirs et aussi nos blessures peuvent nous conduire à des transgressions des lois de Dieu, de la vie, c'est la porte ouverte au péché. C'est la déconstruction de l'œuvre de Dieu, une sorte de dé-création. (Simone Pacot)

Quel chemin choisir ?
Lorsque nous affrontons la tentation, il y a deux chemins dangereux à éviter :

- Croire que nous pouvons y résister par nous même, par nos propres forces. C'est l'illusion de la toute puissance en solo. Ce chemin nous emmène loin de Dieu, à distance de Celui qui est la source de Vie. Nous choisissons souvent ce chemin par peur du jugement, par désir de paraître fort et par crainte de laisser voir nos faiblesses, nos zones d'ombre. Nous pouvons aussi le choisir par une sorte de complaisance qui nous entraîne à minimiser la portée de nos actes, de nos choix, de nos tentations.

- Croire que nous ne pouvons rien faire, nous croire totalement abandonnés à nos propres désirs, à nos penchants même les plus sombres et les plus malsain(t)s. C'est un chemin qui nous conduit dans le désespoir et nous entraîne à baisser les bras.

Là encore, c'est Jésus seul qui nous trace la voie de la Vie.

Les clés ?
Une explication qui peut sembler facile…
Mais souvent le chemin que Dieu nous propose n'est pas si compliqué… et c'est pour cela que nous choisissons d'autres chemins, plus "sophistiqués", et qui nous égarent loin de Dieu. Il y a un chemin, mais pas une recette.
Il faut marcher ! Il faut marcher et accepter les cailloux de la route, qui peuvent blesser nos pieds.
Jésus a marché sur le chemin de la tentation avant nous. Elle est là la bonne nouvelle : il connaît ce chemin, sa dureté, les cailloux pointus, les endroits escarpés…
"Nous n'avons pas un sauveur (grand prêtre) incapable de souffrir avec nous de nos faiblesses. En effet, comme nous il a été tenté en toutes choses, mais lui n'a pas péché. Approchons nous donc avec confiance du Dieu puissant qui nous aime…" (La Bible - Hébreux 4,15)

La tentation que Jésus va affronter au désert au début de son ministère annonce celle qui viendra à la fin de sa vie, au jardin de Gethsémané. "Eloigne de moi la coupe, si tu le veux…" et aussi celle de la croix "Descends de là si tu es le Fils de Dieu…" et "Pourquoi m'as-tu abandonné ?…"
Mais la Passion s'ouvre sur l'aube de Pâques, et sur la victoire de Jésus sur la mort et la tentation d'échapper au projet de rédemption de Dieu. Jésus est passé par notre vie, jusque dans la mort, mais la mort n'a pas eu raison de lui. Alors nous pouvons lui demander de venir manifester sa victoire dans nos combats de chaque jour, jusque dans nos tentations les plus fortes et les plus inavouables.

Il y a encore deux autres clés pour nous :
La Parole : durant son épreuve au désert, Jésus répond au diable en citant le Deutéronome. Il le connaît sans doute par cœur, comme tout rabbin juif. Lui qui est Parole de Dieu, il puise dans la Parole même de Dieu la force de résister. Par la Parole, il dévoile le mensonge et les intentions du diable.
Pour nous aujourd'hui, cela signifie que nous aussi nous pouvons puiser dans la Parole de Dieu la force de Dieu pour résister et tenir bon. Si la Parole de Dieu devient notre nourriture, si elle habite nos pensées, si elle nous devient toujours plus familière, plus quotidienne, plus amicale, alors nous pourrons aussi nous connecter à Dieu qui est la source de Vie.

"Veillez et priez !"
C'est la demande, la prière de Jésus à ses disciples au jardin, veiller et prier afin de ne pas tomber dans le piège qui nous est tendu par la tentation. Rester en éveil, en alerte, et rester en communication, en conversation avec Dieu par la prière.

Frères et sœurs,
La Bonne Nouvelle pour nous ce matin, nous avons un Dieu qui se penche vers nous, qui est venu vers nous en Jésus Christ. La tentation, les tentations et les épreuves que nous rencontrons jour après jour, Dieu les connaît. Jésus les a traversées. Il sait notre désarroi, notre découragement parfois, notre désir de résister et la faiblesse de notre volonté. La Croix est sa signature à jamais dans notre histoire.

Dans les tentations que nous rencontrons aujourd'hui, tentation de la puissance, de la connaissance, de la séduction, du découragement et du désespoir, de la culpabilité qui paralyse, de la réussite sociale ou professionnelle à tout prix, du repli sur soi et de l'individualisme qui rend hermétique à la vie des autres... dans toutes ces tentations et toutes les autres, Jésus marche avec nous sur le chemin, à ses yeux notre vie est transparente, pas besoin de faire semblant.
Il veut pour nous l'espérance, et la victoire pas à pas.

Amen.


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PREDICATION Pasteur Caroline Schrumpf
Dimanche 11 avril 2004 - Pâques
"Jésus ressuscité vous attend en Galilée…"
Marc 16, 1-8,

Frères et sœurs,

Ce matin là, les 3 femmes vont au tombeau pour accomplir les derniers gestes de 'l'amitié, les gestes ancestraux des femmes qui sont présentes quand la vie commence et quand elle finit. Ce matin là, elles ont quitté leur maison au point du jour, elles ont emporté les aromates, la myrrhe et l'aloès pour l'embaumement. Ce matin là, elles sont parties verts le tombeau où on avait déposé son corps juste avant le début du sabbat. Son corps meurtri, blessé, sans vie, enseveli en vitesse. Ce matin là, c'était leurs espoirs, leurs rêves, leurs attentes qu'elles allaient embaumer et ensevelir à jamais dans la tombe. Elles sont tellement accablées de tristesse, qu'e même si elles ne savent pas comment elles vont se débrouiller pour rouler la pierre qui sert de porte au tombeau, elles y vont quand même. Et lorsqu'elles arrivent, elles voient la pierre roulée, la tombe ouverte, un personnage vêtu de blanc, un messager et pas de corps, pas de Jésus. Et ce personnage leur confie un message pour les disciples "Jésus vous attend en Galilée…" et aussi un message pour elles "N'ayez pas peur…"
Elles s'enfuient en courant et ne disent rien à personne. Ce messager leur donne les clés pour comprendre. Mais il leur faudra un peu de temps…

1ère clé :
En quelques mots, il leur dit la nouvelle, l'incroyable nouvelle. Celui qui a été cloué sur la croix n'est plus dans son tombeau. Il s'est réveillé, il s'est relevé. La mort n'a pas pu le retenir, elle n'a pas eu raison de lui. Le messager (ange = angelos en grec, ce qui veut dire messager, envoyé) explique aux femmes le sens de la croix.
La croix c'est le point de convergence et le choc entre la volonté bonne de Dieu pour le monde, et la volonté mauvaise des hommes à l'égard de Dieu. La croix, c'est la folie sadique et meurtrière de l'humanité qui lance le point rageur vers le ciel de Dieu et dit : "Non, tu ne règneras pas sur nous".
Et c'est aussi Dieu qui répond : "Je ne veux pas régner sur toi, mais je veux seulement t'aimer".

Mais cet amour est si profond et si véritable et si puissant qu'il fait peur. Ca fait peur aux hommes d'être aimés par Dieu. Ca en devient même insupportable… Parce que dans l'amour, il y a une part de lumière, et de vérité. Parce que l'amour invite à se regarder soir même avec lucidité et il invite à voir ce qui ne va pas et à changer, à s'améliorer. L'amour fait grandir, il rend responsable.

Soyons clairs : au Golgotha, là où Jésus est mort, ce sont tous les hommes qui crucifient le Christ, les religieux et les païens, les amis et les ennemis, les croyants et les incroyants, les bons et les méchants. Il n'y a aucune distinction.

Tous ont rejeté cet amour. Et même les femmes restent au loin pour assister à l'enchaînement des événements.

C'est pourquoi, encore aujourd'hui, la croix est un scandale pour les uns et une folie pour les autres. Elle résiste toujours à notre compréhension, à notre intelligence, à nos explications. Parce qu'elle est le signe de notre refus de Dieu, en même temps que de l'acceptation inconditionnelle de Dieu pour nous !

Au matin de Pâques, la tombe est vide. Le crucifié n'est plus là où on l'avait mis. Il s'est échappé de la mort. L'amour de Dieu pour les hommes est plus fort que la folie meurtrière des hommes.

Pâques, ce n'est pas la fête du printemps, ni la fête du chocolat ou des œufs et autres lièvres. C'est la victoire fulgurante de l'amour sur la mort.
Quand l'homme pense avoir réussi à vaincre Dieu, c'est en fait Dieu qui a vaincu non pas l'homme, mais toutes les forces de mort, de destruction, de haine et de méchanceté qui enchaînent les hommes et les femmes que nous sommes tous !
Devant l'homme qui va jusqu'au bout de sa révolte contre Dieu, Pâques nous dit que Dieu ne cesse pas d'aimer et que cet amour invite à la vie, à retrouver le chemin de la vie. Qu'aucun désespoir n'est trop profond, qu'aucune révolte n'est trop forcenée, qu'aucun malheur n'est trop insondable pour Dieu.

2e clé : Jésus attend ses disciples en Galilée…
C'est une drôle de consigne donnée par Jésus. Qu'est-ce que ça veut dire ?
D'abord les disciples sont invités à retourner géographiquement, réellement en Galilée, la région dont la plupart sont originaires. D'ailleurs, deux parmi les quatre récits des évangiles le racontent, Matthieu et Jean. Mais cela veut dire aussi qu'à partir de la résurrection, les disciples sont invités à relire leur vie, leur quotidien, depuis le début. La Galilée représente le début de leur histoire avec Jésus. C'est un retour spirituel. Ils sont invités par le Ressuscité à se souvenir, à refaire le chemin suivi avec Jésus, depuis le début, depuis la Galilée, là où Jésus les a rencontrés pour la première fois, là où il les a appelés.

Pâques, c'est un événement dans l'histoire du monde, mais aussi pour nos vies à nous qui essayons tant bien que mal de vivre en disciples. Lorsque nous traversons ces moments où nous nous sentons abandonnés, quand il semble qu'il n'y a plus la moindre parcelle de joie, de bonheur ou d'encouragement, Jésus nous invite à retourner en Galilée - dans notre vie de chaque jour. C'est là que le Christ veut être vivant pour nous. Souvenez vous de Pierre qui est reparti à la pèche, parce qu'il ne savait plus que faire d'autre. Et c'est là que le Crucifié Ressuscité le rencontre à nouveau, lui donne à manger une nouvelle cène et l'envoie à nouveau en mission : être témoin, jusqu'au bout de la terre.

Ce matin, Jésus nous attend en Galilée :
- si nous avons laissé tombé, comme les disciples découragés après la mort de leur ami ;
- si nous avons rangé notre foi au rayon des vieilleries ou des questions sans réponse ;
- si nous avons essayé, mais que nous nous sommes laissés gagner par le doute ;
- si nous avons tenu bon un temps, avant de trahir, de faillir,de nous éloigner de Dieu, comme Pierre.

Ce matin, le Ressuscité nous attend en Galilée, et nous invite à relire le début de notre histoire avec lui, il nous invite à nous souvenir, à revisiter notre vie pour y (re)découvrir sa présence, son action, sa vie. Il nous invite à un regard vrai qui nous ouvre le chemin de la guérison, de la sortie de la crise. Il nous invite à retrouver les fautes, les blessures qui nous empêchent de vivre et nous immobilisent à jamais dans les ténèbres du Vendredi Saint.

Pâques c'est la résurrection de Jésus, et c'est aussi celle des disciples !

3e clé : N'ayez pas peur !
Pourtant les femmes sont terrifiés, et elles s'enfuient sans rien dire, écrit Marc.
Les premiers témoins de la Résurrection sont des femmes, témoins peu fiables, des femmes effrayées, qui partent en courant ! Et pourtant elles ont quand même parlé puisque nous savons et nous avons entendu la nouvelle de la résurrection jusqu'ici, jusqu'à Poissy en 2004 ! Etrange récit ! Et étrange fin !

Et cette fin, elle est drôlement rassurante pour nous ! Parce que ça veut dire qu'il n'y a pas besoin d'être Superman ou Wonderwoman pour Dieu, pour devenir un disciple de Jésus, pas besoin d'être un super-disciple ou un wonder-chrétien, pas besoin d'être un super paroissien ou une wonder-pasteur !

Marc nous dit que les femmes n'ont rien dit ! Elles ont sûrement eu peur d'annoncer un truc aussi incroyable que la Résurrection ! Et on les comprend !

Et c'est rassurant, c'est réconfortant de nous dire que c'est pourtant elles qui ont été choisies comme premiers témoins, comme premiers évangélistes, premiers prédicateurs de la résurrection !

Et c'est ce Dieu là qui nous invite à le suivre. Le Ressuscité n'appelle pas à le suivre ceux qui ont le plus de compétences, ceux qui ont un CV en béton, ceux qui ont les références les plus élogieuses et les plus prestigieuses… il choisit des hommes et des femmes comme nous, qui ont peur, qui ne savent pas comment faire pour annoncer la nouvelle, qui trébuchent et avancent comme ils peuvent dans le cours de leur vie.

Frères et sœurs, c'est Pâques aujourd'hui.
Jésus est vivant. Il nous invite à la vie.

Amen.


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PREDICATION Pasteur Caroline Schrumpf
Dimanche 16 Mai 2004
"Croire en Dieu ou croire Dieu ?"
Jean 1, 10-14 ; Marc 9, 22b à 27; Jean 6, 16-21

Frères et sœurs,
Ce matin, un petit sondage pour commencer…

1) Ce matin, pour venir au culte, qui a pris sa voiture ? (merci de lever la main !)
Qui a cru que sa voiture pourrait l'amener sans problème jusqu'ici ?
C'est bien, vous avez confiance dans la mécanique !

2) Qui regarde les prévisions météo avant de sortir ou de s'habiller le matin ?
Qui prend son parapluie et son imper quand la météo annonce un grand soleil ?
Qui croit en la météo ?

3) Qui croit que la Ferme des Calamités (euh… des célébrités) est une émission qui montre la réalité de la vie des paysans ? Qui croit… qu'Elodie Gossuin va aller jusqu'au bout ? … Danielle Gilbert ? … Pascal Olmeta ?

Il existe des choses dans la vie auxquelles nous accordons plus ou moins d'importance, n'est-ce-pas?

Une autre question, plus difficile, plus personnelle, qui nous expose. Cette fois, je ne vous demande pas de lever la main.
4) Qui croit en Dieu ?

Croire en Dieu : le plus souvent, quand nous utilisons cette expression, nous voulons dire que nous croyons que Dieu existe, qu'il est là d'une manière mystérieuse, même si nous ne le percevons pas.
Nous croyons en Dieu comme l'aviateur croit en son parachute !
"Il est là pour servir en cas d'urgence, en cas de besoin, mais on espère bien ne pas avoir à s'en servir !"

5) Dernière question : je ne vous demande pas non plus de lever la main, mais de garder cette question en tête… elle sera avec la précédente notre fil conducteur pour notre méditation ce matin.
Cette fois, non pas "Croyez-vous en Dieu ?" mais "Croyez-vous Dieu ?"

Qu'est ce que croire ? Qu'est-ce que croire en Dieu ?
Peut-on croire Dieu ?

Une première remarque introductive :
Lorsque nous utilisons le verbe "croire", et que nous l'appliquons à une personne, nous disons "Je te crois", à la forme transitive directe.
Je te crois = je crois ce que tu me dis, je fais confiance à ta parole, je crois que tu dis vrai.
Mais lorsque nous disons parfois : "je crois en toi", c'est une affirmation plus fote qui ne s'attache plus seulement à la parole de l'autre, mais qui concerne tout son être, sa personnalités, ses capacités, ses dons.
Ce qui est étrange, c'est que lorsque nous appliquons cette expression à Dieu dans le langage courant, nous la vidons de sa force, de son enthousiasme.
Lorsque nous disons "je crois en Dieu", nous ne voulons pas dire tout à fait la même chose que lorsque nous disons "je crois en toi !"

Alors que veut dire croire dans la Bible ? Qu'est ce que c'est croire ?
Je vous propose trois mots, trois verbes pour essayer d'explorer ce "croire".
(on pourrait sûrement en utiliser d'autres, ce matin, je choisis ceux-là).

1. Croire, c'est recevoir.
2. Croire, c'est demander.
3. Croire c'est oser.

+

1. Croire, c'est recevoir !
Ecoutez : Jean 1, 10-14
Celui qui est la Parole était dans le monde. Dieu a fait le monde par lui, et pourtant le monde ne l'a pas reconnu. Il est venu dans son propre pays, mais les siens ne l'ont pas accueilli. Cependant, certains l'ont reçu et ont cru en lui; il leur a donné le droit de devenir enfants de Dieu. Ils ne sont pas devenus enfants de Dieu par une naissance naturelle, par une volonté humaine; c'est Dieu qui leur a donné une nouvelle vie. Celui qui est la Parole est devenu un homme et il a vécu parmi nous.

Croire, c'est recevoir une parole qui vient d'au delà de nous, d'un autre.
Croire, c'est très différent de savoir. Ce que je sais, je le possède, je peux l'oublier, et dans ce cas, je le perds. Ce que je sais est à moi et m'appartient. Cela fait partie de moi.
Croire, c'est autre chose, c'est même l'opposé.
Croire, c'est se reconnaître soi même dans une certaine instabilité, dans une vulnérabilité reconnue et assumée (c'est cela se reconnaître enfant - enfant veut dire dépendant). Croire, c'est ce qui nous permet d'exister, de naître pour Dieu.
Croire c'est se reconnaître enfant de Dieu, c'est recevoir une parole qui vient de Celui qui est la Parole même de Dieu.
Une parole qui ne vient pas de nous, une parole qui crée le monde et nous, qui nous remet debout, qui guérit, qui éclaire, qui console.

+

2. Croire, c'est demander.
Un jour, un homme s'approche de Jésus avec son fils, malade de crises nerveuses. Il confie à Jésus que son enfant est malade depuis son enfance.

"Aie pitié de nous et viens à notre secours, si tu peux !"
Jésus répliqua : "Si tu peux, dis-tu. Mais, tout est possible pour celui qui croit."
Aussitôt, le père de l'enfant s'écria : "Je crois, aide-moi, car j'ai de la peine à croire !"
Jésus vit la foule accourir près d'eux; alors, il menaça l'esprit mauvais et lui dit : "Esprit qui rend muet et sourd, je te le commande: sors de cet enfant et ne reviens plus jamais en lui!"
L'esprit poussa des cris, secoua l'enfant avec violence, et sortit. Le garçon paraissait mort, de sorte que beaucoup de gens disaient : "Il est mort." Mais Jésus le prit par la main, le fit lever et l'enfant se tint debout.
Marc 9, 22b à 27

Croire c'est demander, à l'image du père de cet enfant. Avec nos demandes bancales, mal formulées, hésitantes et craintives. C'est vivre cette espérance d'un dialogue qui se noue, un dialogue simple avec Jésus qui ouvre sur une intimité possible, vivante et vraie, et qui nous permet de dire à notre tour :
Je crois, aide-moi à croire !
Cette relation, cette croyance qui devient confiance, va changer les choses, elle devient porteuse de vie et de résurrection, dans nos détresses, nos désespoirs, comme pour le père et l'enfant. Parce que celui qui reçoit cette confiance, Jésus, et Dieu à travers lui, est digne de confiance, fidèle et fiable.
Croire c'est demander pour entrer en relation et laisser Dieu agir dans notre quotidien.

+

3. Croire c'est oser.
Quand vint le soir, les disciples de Jésus descendirent au bord du lac, ils montèrent dans une barque et se mirent à traverser le lac en direction de Capernaüm. Il faisait déjà nuit et Jésus ne les avait pas encore rejoints. L'eau du lac était agitée, car le vent soufflait avec force. Les disciples avaient ramé sur une distance de cinq à six kilomètres quand ils virent Jésus s'approcher de la barque en marchant sur l'eau; et ils furent saisis de peur. Mais Jésus leur dit: "C'est moi, n'ayez pas peur!" Les disciples voulaient le prendre dans la barque, mais aussitôt la barque toucha terre, à l'endroit où ils se rendaient.
Jean 6, 16-21

Dans notre vie, nous pouvons rester sur le quai, inlassablement hésitants, et regarder les autres partir. Nous pouvons rester là à attendre, attendre autre chose, attendre une hypothétique certitude, une illusoire confirmation qui serait une preuve. Nous pouvons rester sur le quai par peur d'affronter l'inconnu, l'incertain de nos vies, de la vie.

Alors croire, c'est oser !
Oser s'embarquer dans nos vies, malgré les tempêtes et les inconnus.
Il nous faut embarquer et ramer, il faut y aller, il faut mouiller notre chemise, à l'image des disciples qui rament, même contre le vent et les vagues.
Et puis soudain, au milieu de la tempête, Jésus rejoint ses amis, il leur rend visite, mystérieusement, en marchant sur la mer, c'est-à-dire en marchant symboliquement sur tout ce qui nous fait peur et nous terrorise.
Là où nous sommes découragés, avec le sentiment d'être "dans la galère", c'est la que Jésus nous rejoint. D'abord les disciples sont morts de trouille. Et la parole de Jésus qui se présente les apaise. Et puis les disciples veulent faire monter Jésus dans la barque. Et là, au moment où il monte à bord, les voila arrivés déjà à terre.

+

Ce matin, nous en sommes tous à des endroits différents dans notre cheminement intérieur, dans notre recherche de Dieu, mais à nous tous, la Parole adresse un appel, une question et une invitation.
En qui croyons nous aujourd'hui ?
En qui ou en quoi plaçons-nous notre confiance ?
Si nous croyons en Dieu, sommes nous prêts à croire Dieu ?
Lorsque il nous invite à recevoir sa Parole, à demander pour entrer en relation et à oser le faire embarquer à bord de nos vies ?
Sommes nous prêts à croire en Dieu qui croit en nous ?
Sommes nous prêtes à le croire ?
La réponse est entre vos mains.


Amen.


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PREDICATION Pasteur Caroline Schrumpf
Dimanche 09 Mai 2004
Aimez !... avec un "z"
Jean 13, 31-35

Présentation de Lotta, Ella et Maxime G.

Lorsque nous nous sommes rencontrés pour préparer la présentation de vos enfants, nous avons échangé au sujet de l'éducation et de l'importance de laisser et d'ouvrir des espaces de liberté pour les enfants, de les encourager à devenir eux-mêmes plutôt que de les faire entrer dans nos projets, nos rêves, nos critères et nos ambitions.

Et ce matin, pour vous, Philippe et Samantha mais aussi pour nous tous, la parole de Jésus vient nous rencontrer et même nous heurter, et nous inviter à réfléchir ensemble sur ce qui est essentiel. Ce qui est essentiel, c'est aussi cela que nous avons envie de transmettre et de partager avec nos enfants - le reste est secondaire. Et cet essentiel dans la bouche de Jésus tien en un mot : un mot si simple que nous avons parfois du mal à le dire, un mot si simple qu'il est facilement et souvent malmené, maltraité, vidé de son sens…

Cet essentiel dans la bouche de Jésus : AIMEZ ! Non pas aimer, mais aimez !
On ne peut pas aimer à l'infinitif, c'est général et vague. Jésus ne dit pas "il faut aimer" ou "vous devez aimer", ou encore "ça serait bien de vous aimer"… non, il dit "Aimez !" C'est un ordre, Jésus appelle ça un commandement.
C'est là justement que ça devient difficile. André Dumas disait dans une de ces 100 prières possibles : "Seigneur, tu nous commandes d'aimer, mais nous ne savons pas aimer sur commande…"

Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés…
Je voudrais ce matin explorer un peu avec vous cet impératif, ce commandement que Jésus donne à ses compagnons, juste à la veille de sa mort, avant de les quitter.
Jésus dit qu'il donne un commandement "nouveau". Dans le Nouveau Testament, Jésus précise à plusieurs reprises, en le reprenant de manière un peu différente, ce qu'il entend dans ce commandement.

  • Dans le sommaire de la Loi : Matthieu 22, 36-40
    "Maître, quel est le plus grand commandement de la loi ?
    Jésus lui répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. C'est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second, qui lui est semblable: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes."

  • Dans ce que l'on appelle communément la Règle d'or : Matthieu 7, 12
    "Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c'est la loi et les prophètes."

Jésus dit que ce commandement d'amour est un commandement nouveau. Pourtant, ces deux autres présentations du commandement nous montrent que ce n'est pas "vraiment" un commandement nouveau : le double commandement du sommaire de la Loi s'inspire des livres du Deutéronome et du Lévitique dans la première alliance.
Et la règle d'or existait déjà dans les écrits du rabbin Hillel, contemporain et aîné de Jésus. Celui-ci écrivait "Ce que tu tiens pour haïssable, ne le fais pas à ton prochain…" et Hillel lui même n'avait pas inventé cette règle puisqu'on la retrouve dans les écrits de sagesse et de philosophie beaucoup plus anciens, comme le zoroastrisme au 7e siècle avant notre ère.

Jésus retourne ce commandement en positif, ce qui importe ce n'est pas "ne fais pas…" mais "tout ce que tu veux, fais le…"Jésus nous invite à agir plutôt qu'à nous abstenir, à être inventif et créatif au lieu de craintif. Il ouvre un horizon de possibilités plutôt que de révéler un interdit.

Tout ce que tu veux que les autres fassent pour toi… dit Jésus.
Et ce que nous voulons tous, au plus profond de nous, ce sont deux choses :
1) Une bonne chose et 2) une moins bonne.

1) Une bonne chose que nous voulons, que nous cherchons tous : être aimé.
C'est l'aspiration de nos enfants, être aimés tels qu'ils sont, être reconnu, accueilli, respecté, regardé.
C'est le sens de la présentation que nous avons vécu tout à l'heure, c'est l'engagement que nous, assemblée, communauté chrétienne de Poissy, nous avons pris à l'égard de ces enfants. Nous avons accueillis leur besoin d'être aimés. Parce que l'amour fait grandir.
Tout le monde cherche à être aimé… et ne pas l'être, ne pas se savoir aimé, ne pas se sentir aimé, cela crée souvent des blessures profondes en nous. Cela laisse des cicatrices.

Freddy Mercury, le chanteur du groupe de rock Queen, qui avait des milliers de fans, et une immense fortune, dit ceci, peu de temps avant de mourir en 1991 : "Le monde peut vous appartenir, et vous restez quand même l'homme le plus seul de tous. Cette solitude-là est la plus douloureuse. Le succès a fait de moi une idole mondiale et m'a rapporté des millions, mais ce succès m'a aussi privé de la seule chose dont nous avons tous besoin : une relation d'amour durable."

Notre désir, notre aspiration fondamentale, ce dont nous avons tous besoin pour vivre, pour grandir et nous épanouir, c'est d'être aimé.
Et la réponse de Jésus : "Je vous ai aimés."
Jésus vient juste de laver les pieds de ses amis, quelques heures plus tard, il sera jugé, condamné et exécuté, seul. Il donnera sa vie.

2) Ce que nous voulons aussi, ce que nous cherchons tous, et cette fois, c'est plutôt le coté obscur que je dévoile, c'est être Dieu. Nous voudrions être des dieux… tout découvrir et tout comprendre, tout maîtriser et tout contrôler, pour nous-mêmes, dans le monde, pour les autres. Nous voudrions tout pouvoir et tout savoir.

Alors, je me dis que c'est bien que Jésus nous donne un commandement parce qu'il est impossible d'y obéir parfaitement. Et nous avons besoin aussi de savoir que nous avons des difficultés à obéir, à mettre en œuvre cette parole. Il est impossible pour nous de l'accomplir parfaitement. Et cela est "utile". Parce que cela nous libère de tout désir de marquer des points, de réussir l'examen de la vie. La vie n'est pas un examen, et la vie avec Dieu n'est pas un permis à points, que l'on enlèverait ou remettrait selon les circonstances, les échecs et les réussites.
Savoir que nous ne pouvons pas obéir parfaitement au commandement, cela nous tourne vers Dieu, et nous conduit à faire l'expérience de notre finitude, (au lieu de l'illusion de la toute puissance) et nous ouvrir au pardon. Nous arrêtons de nous prendre pour Dieu et nous nous découvrons frères et sœurs les uns des autres.

Ce commandement n'est pas un ordre qui restreint notre liberté, ce n'est pas "tiens toi bien" et "dis bonjour à la dame"…
Ce n'est pas une morale qui nous enferme, mais une parole qui permet d'inventer librement notre vie, de cherche notre route.
Non pas comme un de ces itinéraires trouvés sur Internet, où tout est écrit, prévu, et déterminé.
Faire xx kilomètres, prendre la sortie n° y, parcourir telle distance, tourner à gauche, puis la première à droite…
Vous savez, ces itinéraires sont très pratiques sans doute, mais s'il y a le moindre imprévu, travaux, déviation… vous voila complètement perdus, sans repère, sans filet.

La parole de Jésus pour notre vie, ce n'est pas un itinéraire pré-balisé, et choisi pour nous, non, c'est beaucoup plus vaste et cela demande notre consentement, notre implication : La parole de Jésus pour notre vie, c'est une carte ! Avec une boussole (le commandement) aimantée sur le pole "aimez !"
Avec un z.


Amen.